Quand un roman bouscule la morale et nos certitudes… Découvrez le regard porté par Jérôme Camilly sur Jour de chance pour les salauds, le premier tome de la saga des Kowinski d’Amy Shark, publié aux Éditions Orialis.
JOUR DE CHANCE POUR LES SALAUDS
Amy SHARK
Éditions Orialis 2026
Journaliste et écrivain, Jérôme Camilly avait initialement rédigé ce texte pour servir de préface à Jour de chance pour les salauds.
À l’occasion de cette nouvelle édition, nous avons choisi de laisser toute sa place à la note de l’autrice en ouverture du roman, sans pour autant faire disparaître ce regard aussi incisif qu’enthousiaste.
Avec l’aimable autorisation de Jérôme Camilly, nous reproduisons ici ce précieux témoignage de lecture sur l’univers décalé, mordant et jubilatoire d’Amy Shark.
POUR DES SALOPARDS HEUREUX
Préface « pour des salopards heureux »
Si vous pensez qu’il existe une autre réalité que celle que vous avez sous les yeux, si vous croyez que les notions de bien et de mal ont été inventées pour que nous demeurions dans les rails du socialement correct, enfin, si vous êtes persuadé que le crime parfait existe…, vous savez, celui qui demeure non élucidé à ce jour, alors, ce livre vous concerne.
Pour toutes ces raisons et, sans doute, quelques autres, « Jour de chance pour les salauds » mérite son titre, et plutôt deux fois qu’une. La preuve ? La morale y est de sortie. La morale, a dit Rimbaud, est la faiblesse de la cervelle. L’homme aux semelles de vent, qui s’y connaissait parce qu’il avait tout expérimenté, ne se faisait aucune illusion sur les bonnes intentions et les honnêtes résolutions dont on nous a nourris depuis le biberon. L’auteur de ce livre est sur la même longueur d’onde que le poète de Charleville. (Flatteur, non ?) À croire que les salauds fascinent ! C’est l’écriture qui charpente ce bouquin, une écriture de constats, sans effets de style, sans vocabulaire excessif, sans adjectifs redondants, les faits, rien que les faits qui se succèdent et qui vous secouent sans ménagement. Outre la culture française qui affleure dans ces pages, on sent bien, quand on pratique une lecture attentive, qu’il y a l’imprégnation d’une pensée anglo-saxonne qui donne à ce texte une efficacité qui dynamise l’action immédiate.
Rien n’est téléphoné, effets de surprise garantis. En un mot, c’est jouissif !
Il paraît – et depuis longtemps – que l’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Une chose est sûre, avec des personnages tordus, pervers, déglingués, on crée une société à part et même à part entière qui a quelque chose à voir avec la nôtre. Toute ressemblance…, vous connaissez la suite de ce mot d’excuse hypocrite. Encore que, en cherchant bien, on trouve des traits communs avec des salauds, bien sous tous rapports, que nous côtoyons en permanence.
Les « dormants » de ce livre vont vous tenir éveillés. Ils appartiennent à un univers décalé et l’air qu’ils respirent est de l’ordre de l’imaginaire.
Pas question de vous raconter l’histoire, d’ailleurs, il s’agit seulement d’une série d’ellipses qui électrisent le récit, une série de courts-circuits qui vous titillent les neurones. Le plus étonnant, dans ce texte, c’est qu’il est intemporel, et pourtant, implanté dans notre « bel aujourd’hui ». Les niveaux de lecture se superposent si bien que la froideur des sentiments et l’efficacité des technologies se confondent sans hiatus. Pas de décors, pas de descriptions inutiles, mais des mots accouplés qui créent un climat toxique. Exemple : il est question de contamination et l’expression, ciblée là où il faut, finit par nous gagner comme si nous étions atteints d’un virus inguérissable.
Dans « Jour de chance pour les salauds », tous les coups sont permis, certains personnages ne s’en relèvent pas, c’est la règle de cette loterie sans concession.
Dans cette aventure, le seul à qui la chance sourit, c’est le lecteur qui, à la dernière ligne de la dernière page, se sent soulagé d’être honnête…, à peu près honnête, enfin, pas complètement salaud.
Jérôme Camilly
Jérôme Camilly
Texte : Jérôme Camilly
Publié avec son aimable autorisation.

