Le regard d’Annette Luciani sur Sous le ciel de Toscane

Autrice elle-même, Annette Luciani pose un regard sensible et éclairé sur le roman de Marie Phoel’s. Dans cette note intitulée « Oser le bonheur », elle met en lumière le parcours de Lucie, la place de l’écriture et de la transmission, ainsi que cette invitation à renouer avec la vie, loin de l’agitation du monde.

Nous avons le plaisir de publier son texte avec son aimable autorisation.

Sous le ciel de Toscane de Marie Phoels

 

Oser le bonheur

 

Ce roman n’est pas un énième roman d’amour comme il en existe tant, mièvre et prévisible.

Ce n’est pas non plus l’aventure tragique et déchirante de deux êtres blessés qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent.

Il s’agit d’un parcours de vie et d’écriture, au cours duquel l’autrice s’attache à soigner les maux à leur racine, en profondeur, à l’écart de l’agitation insensée des villes. Les carnets de Lucie, les confidences de Lorenzo s’inscrivent ainsi dans l’expérience assez large de ce que les Américains, dans les années 80, ont appelé le Slow Life, lui même défini à travers celle, primordiale, du Slow Food.

Le choix de la Toscane à cet égard n’est pas fortuit. C’est un dépaysement nécessaire.

Lucie se plonge peu à peu dans les recettes de cette Italie où le goût se transmet de génération en génération comme un art de vivre. Il contribue à ancrer le réel, avec ses parts d’ombre et de tristesse, dans une continuité heureuse, en lui conférant une mémoire. Cette saveur est loin cependant d’opérer à la manière de la madeleine (ou de la navette) de Proust, qui redonne vie à tout un village dans une tasse de thé.

Car, souligne l’autrice, il ne s’agit pas d’écrire ‘beau’, il s’agit avant d’écrire ‘vrai’, pour que ce double projet d’écriture et de résilience s’accomplisse.

‘Tu crois que les mots doivent être beaux’, dit ainsi Mia. ‘Moi, je crois qu’ils doivent être vrais.’

Lucie resta bouche bée. Elle pensa à toutes les phrases qu’elle n’avait jamais osé écrire par peur de ne pas être assez élégante. Peut-être que Mia avait raison.”

Les marchés qu’on visite, la cuisine que l’on fait, les plats reproduits ou inventés, améliorés, le vin, les grands repas de famille, la danse, contribuent à rapprocher Lucie et Lorenzo, les projetant vers un avenir possible, tandis que Theo et Chiara derrière eux leur cèdent peu à peu la place.

Ce roman, très bien construit autour du voyage de Lucie en Toscane, apporte un message résolument positif : oser écrire vrai, c’est saisir la vie, et oser le bonheur.