Adeline DAVIDE

« Si je ne trouvais pas le thriller d’Halloween que j’avais envie de lire, autant l’écrire. »

Depuis l’enfance, Adeline DAVIDE transforme les lieux qui l’entourent en territoires d’imagination. Un bâtiment inaccessible dans une cour d’école devient une maison hantée, une forêt sombre abrite un fantôme et, derrière les arbres, peut se dissimuler un château magique. Déjà, elle invente les histoires qui donnent vie aux jeux.

Des années plus tard, des vacances en Bretagne et l’impossibilité de trouver le thriller d’Halloween qu’elle rêvait de lire font naître Les Cendres de Morgane. Adeline DAVIDE imagine alors un festival consacré à Halloween, installé dans une région dont les paysages, les mystères et les légendes offrent le décor idéal à son intrigue.

Mais derrière l’atmosphère automnale, les enquêtes paranormales et la chronologie minutieuse des meurtres, le roman explore également des sujets qui passionnent profondément l’autrice : la psychogénéalogie, l’épigénétique et tout ce qui peut se transmettre silencieusement d’une génération à l’autre.

Dans cette interview, Adeline DAVIDE revient sur son imaginaire d’enfant, son goût pour Halloween et les légendes, ses habitudes d’écriture accompagnées d’un thé ou d’un chai latte, mais aussi sur le deuil qui a fait de l’écriture un refuge et un exutoire. Elle nous raconte enfin le travail patient qui lui a permis de construire son intrigue et de conduire Les Cendres de Morgane jusqu’aux Éditions Orialis.

Inventer des mondes depuis l’enfance

L’imagination occupait-elle déjà une place importante dans votre enfance ?

Oui, j’ai toujours aimé inventer des histoires. Enfant, il me suffisait d’un lieu un peu mystérieux pour que mon imagination se mette en marche.

Dans la cour de l’école, un bâtiment auquel nous n’avions pas accès devenait une maison hantée. Une forêt un peu sombre pouvait abriter un fantôme ou dissimuler un château magique. Le décor réel n’était finalement qu’un point de départ : j’inventais tout ce qui pouvait exister derrière ce que nous voyions.

Étiez-vous celle qui imaginait les histoires pendant les jeux ?

Oui, c’était souvent moi qui les inventais. J’imaginais les lieux, les personnages et les événements qui allaient guider nos jeux.

Je ne pensais évidemment pas encore à l’écriture. Je racontais simplement des histoires parce que cela m’amusait et me permettait de transformer notre environnement en un autre monde.

Avec le recul, je crois que cette manière d’observer un lieu et d’imaginer ce qu’il pourrait cacher est toujours très présente dans mon travail.

Quand avez-vous commencé à écrire vos propres récits ?

À l’adolescence, j’ai voulu écrire des séries… qui s’arrêtaient invariablement après cinq épisodes !

Puis, un jour, j’ai pris mon ordinateur et j’ai commencé à écrire. Je ne me souviens plus exactement de ce qui a provoqué ce passage à l’acte, mais, en un seul après-midi, j’avais déjà rédigé cinq chapitres.

Cette fois, l’histoire ne restait plus seulement dans mon imagination : elle commençait véritablement à prendre vie à travers les mots.

Pourquoi écrivez-vous aujourd’hui ?

J’écris pour transmettre des messages et pour que certaines personnes ne se sentent pas seules face à ce qu’elles vivent ou ressentent.

L’écriture me permet également de partager des sujets qui me passionnent et me font réfléchir, comme la psychogénéalogie, que j’ai choisi d’explorer à travers le thriller. J’aime utiliser la fiction et le suspense pour aborder ce que nous portons parfois sans le savoir.

J’écris enfin pour rencontrer, à travers mes histoires, des lecteurs et des lectrices qui aiment les mêmes univers que moi : Halloween, l’automne et les légendes.

Le thriller d’Halloween qu’elle ne trouvait pas

Comment l’idée des Cendres de Morgane vous est-elle venue ?

Elle est née de la rencontre entre deux envies : retrouver la Bretagne, que j’avais adorée lors de vacances, et lire un véritable thriller d’Halloween.

Un automne, j’ai cherché un roman qui me plongerait pleinement dans l’atmosphère de cette fête. Je connaissais quelques romans policiers, notamment ceux d’Agatha Christie ou de Ray Celestin, mais je ne trouvais pas exactement ce que j’avais envie de lire.

Je me suis alors dit : « Si je ne le trouve pas, autant l’écrire. »

Qu’attendiez-vous précisément d’un thriller d’Halloween ?

Je voulais une histoire qui ne se contente pas de se dérouler à cette période de l’année, mais qui en restitue véritablement l’atmosphère.

Je cherchais l’automne, les légendes, le mystère et cette impression que les frontières entre le réel et l’invisible deviennent plus fragiles. Halloween devait être au cœur du récit et de son univers, et pas seulement servir de décor.

C’est cette immersion particulière que j’ai voulu créer avec Les Cendres de Morgane.

Pourquoi avoir choisi la Bretagne comme cadre du roman ?

La Bretagne s’est imposée naturellement en raison des souvenirs que j’avais rapportés de mes vacances. J’avais été séduite par cette région et par les mystères qui semblent habiter ses paysages.

Son atmosphère, ses légendes et son patrimoine correspondaient parfaitement à l’histoire que j’avais envie de raconter. C’était le lieu idéal pour faire naître un thriller mêlant Halloween, secrets et phénomènes plus difficiles à expliquer.

Un événement particulier a-t-il nourri la création du festival imaginé dans le roman ?

Je me suis souvenue d’un reportage consacré à un festival médiéval et ésotérique que j’avais vu à la télévision.

Cette idée m’est revenue lorsque j’ai commencé à construire le roman. J’ai alors imaginé un festival d’Halloween organisé en Bretagne, avec son ambiance, ses visiteurs et tout ce qu’un tel rassemblement pouvait offrir à une intrigue.

À partir de ce festival, les autres éléments de l’histoire se sont progressivement mis en place.

Construire le suspense et faire ressentir

Quelle a été la principale difficulté pendant l’écriture des Cendres de Morgane ?

Le plus compliqué a été de construire la chronologie des meurtres.

Chacun devait intervenir au bon moment, s’intégrer naturellement à l’intrigue et participer à la progression du suspense. Il fallait donc trouver le juste équilibre entre les événements, les révélations et les respirations nécessaires au récit.

Cette chronologie demandait beaucoup de précision, car le déplacement d’un seul élément pouvait modifier tout le rythme de l’histoire.

Comment avez-vous réussi à organiser cette succession d’événements ?

J’ai dû réfléchir à la fonction de chaque scène et à ce qu’elle devait apporter au lecteur à cet instant précis.

Il ne suffisait pas d’enchaîner les meurtres : chacun devait faire évoluer l’enquête, les personnages ou la perception que l’on pouvait avoir de l’histoire. Je voulais maintenir la tension sans précipiter les événements ni dévoiler trop rapidement certains éléments.

Cela a demandé beaucoup d’ajustements pour que l’ensemble reste cohérent et conserve son rythme.

Les scènes psychologiques ont-elles également représenté un défi ?

Oui, car je souhaitais qu’elles soient aussi immersives que possible.

Je ne voulais pas seulement décrire ce que traversaient mes personnages. Je voulais que les lecteurs puissent ressentir leurs émotions, leurs peurs et leurs fragilités, comme s’ils se trouvaient à leurs côtés.

Ces scènes exigeaient donc une attention particulière afin que les réactions restent crédibles et que l’émotion ne paraisse jamais artificielle.

Pourquoi cette immersion émotionnelle était-elle si importante pour vous ?

Parce que le suspense ne repose pas uniquement sur ce qui arrive, mais aussi sur la manière dont les personnages le vivent.

Un événement prend une tout autre force lorsque le lecteur comprend ce qu’il provoque intérieurement. Les peurs, les blessures et l’histoire personnelle des personnages donnent alors davantage de profondeur à l’intrigue.

Mon objectif était que l’on ne se contente pas de suivre les événements des Cendres de Morgane, mais qu’on les ressente véritablement.

Écrire avec le paranormal en arrière-plan

Avez-vous un rituel ou un lieu privilégié pour écrire ?

Je n’ai pas de rituel très élaboré. J’écris généralement à mon bureau ou installée sur mon canapé, selon le moment et l’endroit où je me sens le mieux.

L’essentiel est de pouvoir m’immerger dans mon histoire et de retrouver l’atmosphère qui accompagne son écriture.

Qu’aimez-vous écouter lorsque vous écrivez ?

Je mets souvent une enquête paranormale sur YouTube en fond sonore.

Ces vidéos créent une ambiance propice aux univers que j’aime explorer. Elles m’accompagnent sans nécessairement influencer directement ce que j’écris, mais elles m’aident à rester plongée dans cette atmosphère faite de mystère et d’étrange.

Une boisson chaude fait-elle également partie du programme ?

Toujours ou presque ! J’aime écrire avec un thé ou un chai latte à portée de main.

Cette boisson chaude complète parfaitement l’ambiance, surtout lorsque je travaille sur une histoire aussi automnale que Les Cendres de Morgane. Entre le canapé, l’enquête paranormale et le chai latte, toutes les conditions sont réunies pour entrer dans mon univers.

Apprendre à construire avant d’écrire

Quelle a été votre première véritable expérience avec l’écriture d’un roman ?

J’ai commencé mon tout premier roman en 2021. À cette époque, je me suis lancée sans plan, sans savoir précisément où j’allais ni ce que cette histoire allait devenir.

J’écrivais en suivant simplement mes idées, au fur et à mesure qu’elles se présentaient. Cette liberté était stimulante au début, mais elle a fini par me conduire à une impasse.

Qu’est-ce qui vous a empêchée d’aller au bout de ce premier projet ?

À un moment, je me suis retrouvée complètement bloquée.

Comme je n’avais pas construit l’intrigue en amont, je ne savais plus comment poursuivre l’histoire ni relier les différents éléments que j’avais imaginés. J’avais des personnages et des idées, mais il me manquait une direction suffisamment claire pour les conduire jusqu’au dénouement.

J’ai donc laissé le manuscrit de côté pendant plusieurs années.

Pourquoi avez-vous décidé de le reprendre en 2025 ?

Malgré le temps écoulé, cette histoire continuait de m’accompagner. J’avais toujours envie de la terminer, mais je savais que je ne pourrais pas reprendre l’écriture de la même manière.

Cette fois, j’ai consacré beaucoup de temps à la préparation. J’ai travaillé le plan, construit l’intrigue et réfléchi à la progression du récit avant de recommencer à écrire.

Cette nouvelle méthode a-t-elle changé votre manière de travailler ?

Complètement. Le plan ne m’a pas enfermée : il m’a donné la structure dont j’avais besoin pour avancer.

Je savais désormais où allaient mes personnages, quelles étapes ils devaient traverser et comment les différents éléments de l’intrigue allaient se rejoindre. Cette préparation m’a permis de terminer le roman en trois mois.

Ce premier projet est encore en cours de réécriture aujourd’hui, mais il m’a appris une chose essentielle : pour moi, construire l’histoire en amont permet ensuite à l’écriture de trouver beaucoup plus librement son chemin.

Accepter d’envoyer un texte imparfait

Quel a été votre parcours jusqu’à la publication ?

J’ai consacré beaucoup de temps à la relecture et au travail du manuscrit.

Une fois le premier jet terminé, il restait encore à reprendre certains passages, à vérifier la cohérence de l’intrigue et à améliorer tout ce qui pouvait l’être. Je voulais proposer un texte aussi abouti que possible avant de l’envoyer aux maisons d’édition.

Vous êtes-vous appuyée sur des ressources particulières pour retravailler votre roman ?

Oui, je me suis notamment aidée de l’ouvrage Comment écrire de la fiction, de Lionel Davoust.

Cette lecture m’a permis d’approfondir ma réflexion sur la construction d’un récit et de porter un regard plus exigeant sur mon propre travail. Je souhaitais comprendre les mécanismes de la fiction afin de donner au manuscrit la meilleure qualité possible.

Comment avez-vous su que le roman était prêt à être envoyé ?

Je ne le trouvais pas parfait, mais j’ai compris qu’il fallait malgré tout accepter de m’arrêter.

Il est toujours possible de modifier une phrase, de reprendre une scène ou de trouver un nouveau détail à améliorer. Si j’avais attendu d’être pleinement satisfaite de chaque ligne, je savais que le manuscrit ne serait probablement jamais parti.

À un moment, il faut accepter de confier son texte à d’autres regards.

L’envoi aux maisons d’édition a-t-il représenté une étape importante ?

Oui, car soumettre le roman signifiait qu’il ne m’appartenait plus tout à fait.

Après toutes ces relectures et ces hésitations, il allait enfin pouvoir être découvert par des professionnels. Ce geste m’obligeait à dépasser mes doutes et à reconnaître que, même imparfait à mes yeux, le texte était suffisamment abouti pour commencer son chemin vers la publication.

Écrire pour traverser le deuil

L’écriture de ce premier roman est-elle liée à un moment particulier de votre vie ?

Lorsque j’ai repris ce manuscrit, mon père était gravement malade et il ne lui restait plus que quelques mois à vivre.

Je m’étais fixé un objectif très personnel : terminer le roman avant son décès afin qu’il puisse voir que j’étais allée au bout de cette histoire et être fier de moi. Cette perspective me donnait une raison supplémentaire d’avancer.

Avez-vous pu achever le roman à temps ?

Malheureusement, mon père est décédé plus tôt que prévu, seulement quelques semaines après que j’ai repris l’écriture.

Il n’aura donc jamais vu l’un de mes romans terminé. C’est un regret que je porte encore, car j’aurais profondément aimé pouvoir partager cet accomplissement avec lui.

L’écriture vous a-t-elle aidée à traverser cette épreuve ?

Oui. Après sa disparition, je me suis plongée encore davantage dans l’écriture.

Elle est devenue un exutoire et une manière de traverser le deuil. Écrire ne faisait pas disparaître la douleur, mais cela m’offrait un espace dans lequel je pouvais m’éloigner quelque temps du quotidien et retrouver une forme de respiration.

Terminer ce roman a alors pris un sens différent, mais tout aussi important.

La lecture et l’écriture sont-elles toujours des refuges pour vous aujourd’hui ?

Oui. Lorsque le quotidien devient trop oppressant, je lis ou j’écris.

Dans les deux cas, je peux quitter momentanément la réalité pour entrer dans un autre monde. Lorsque j’écris, il s’agit d’un univers que je construis et que je peux maîtriser, contrairement à tout ce qui nous échappe dans la vie.

Cette possibilité de m’évader, de reprendre la main sur une histoire et de transformer les émotions en mots fait désormais partie intégrante de mon rapport à l’écriture.

Ce que les histoires nous transmettent

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent des Cendres de Morgane ?

J’aimerais avant tout que les lecteurs et les lectrices qui aiment l’automne et Halloween trouvent enfin le roman qu’ils recherchent.

Je souhaite qu’ils puissent s’immerger pleinement dans cette ambiance si particulière, avec ses légendes, ses mystères et cette sensation que l’étrange peut surgir à tout moment. S’ils referment le livre avec l’impression d’avoir vécu Halloween en Bretagne, une partie de mon objectif sera déjà atteinte.

Au-delà de cette atmosphère, quels sujets souhaitiez-vous explorer ?

Je voulais faire découvrir la psychogénéalogie et l’épigénétique, deux sujets qui me passionnent profondément.

Elles nous invitent à réfléchir à ce que nous portons sans toujours le savoir : les blessures, les secrets ou les traumatismes qui peuvent se transmettre d’une génération à l’autre et continuer d’influencer les descendants.

Le thriller me permettait d’aborder ces questions à travers une intrigue, des personnages et des événements capables de rendre cette transmission presque palpable.

La mémoire d’un lieu occupe-t-elle également une place importante dans le roman ?

Oui, car les individus ne sont pas les seuls à porter une histoire.

Un lieu peut lui aussi être façonné par ce qui s’y est produit, par les récits transmis au fil du temps et par la mémoire collective de ceux qui l’habitent. Le passé ne disparaît pas toujours : il continue parfois d’agir silencieusement sur le présent.

Dans Les Cendres de Morgane, l’histoire familiale et celle du lieu finissent ainsi par se répondre.

Quelle réflexion aimeriez-vous faire naître chez les lecteurs ?

J’aimerais qu’ils s’interrogent sur ce qu’ils portent eux-mêmes de leur histoire familiale.

Nous avançons parfois avec des peurs, des comportements ou des blessures dont nous ne comprenons pas immédiatement l’origine. Réfléchir à cette transmission peut modifier le regard que l’on porte sur soi-même et sur les générations qui nous ont précédés.

Si les lecteurs referment le roman après avoir savouré son immersion automnale, tout en continuant à réfléchir à leur propre héritage familial, alors j’aurai atteint ce que je voulais faire.

Pour terminer, qu’aimeriez-vous dire à celles et ceux qui ne connaissent pas encore votre univers ?

Je les inviterais à entrer dans Les Cendres de Morgane comme on pénètre dans une forêt bretonne un soir d’automne : avec curiosité, mais sans être tout à fait certain de ce qui peut se cacher derrière les arbres.

Ils y trouveront Halloween, des légendes et du suspense, mais aussi des personnages confrontés à ce que le passé leur a transmis.

J’espère surtout qu’ils auront envie de se laisser emporter par cette histoire et par tous les mystères qu’elle renferme.

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Marc-Antoine ARIES