Pascale Perret

« J’ai toujours été plus à l’aise en écrivant qu’en parlant. »

Depuis qu’elle a appris à former ses premiers mots, Pascale PERRET entretient avec l’écriture une relation aussi naturelle que personnelle. Enfant, elle invente de petites histoires ; plus tard, journaux intimes, lettres, cartes postales, rédactions et dissertations deviennent autant de manières de traduire ce qu’elle ressent et ce que la parole peine parfois à exprimer.

La vie professionnelle et familiale l’éloigne ensuite de l’écriture pendant de nombreuses années. Il faudra attendre la retraite pour que revienne ce désir ancien : terminer au moins un roman dans sa vie. Un rêve discret, longtemps enfoui, qu’elle pensait presque inaccessible.

Commencé autour de la quarantaine, puis repris par étapes au fil des années, Une pause en chemin raconte l’histoire d’un homme désemparé arrivé à un tournant de son existence. À travers son parcours, Pascale PERRET explore la part d’ombre et de lumière des êtres humains, les routes que nous choisissons et les questions que chacun peut être amené à se poser sur son origine, son avenir et le sens de sa vie.

Dans cette interview, elle revient sur son amour des mots et de la lecture, sur ce long silence imposé par le quotidien, sur la naissance progressive de son premier roman et sur l’émotion déstabilisante qui accompagne aujourd’hui sa publication. Une étape qui l’encourage déjà à envisager une nouvelle histoire.

Écrire pour traduire l’ombre et la lumière

Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris avant tout pour exprimer mes ressentis sur la vie et sur les êtres humains, avec toute la part d’ombre et de lumière qu’ils portent en eux.

L’écriture me permet de coucher sur le papier certaines réflexions qui m’accompagnent depuis longtemps. Elle m’aide à explorer les contradictions, les fragilités et les questionnements qui façonnent nos existences.

C’est sans doute pour cette raison que je suis attirée par des personnages tourmentés et complexes. Ils me permettent d’aborder ce que l’être humain peut contenir de lumineux, mais aussi de plus obscur.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans les personnages complexes ?

Ils me paraissent plus proches de la réalité.

Nous ne sommes jamais entièrement guidés par une seule émotion ou une seule intention. Nous pouvons avancer, hésiter, nous tromper, nous relever ou emprunter un chemin que nous n’aurions jamais imaginé prendre.

J’aime essayer de comprendre ce qui pousse un personnage à agir et ce qui se cache derrière ses choix, même lorsque je ne possède pas nécessairement toutes les réponses.

Vos interrogations dépassent-elles parfois les parcours individuels ?

Oui. Je m’interroge également beaucoup sur notre origine et notre devenir, en tant qu’êtres humains, mais aussi en tant que civilisations.

Ce sont des sujets qui me passionnent, même si je ne me sens pas capable de les approfondir d’une manière savante. Je manque de certitudes et de connaissances pour prétendre apporter des réponses définitives.

Je préfère donc les aborder à travers la fiction, de manière légère et spontanée, en laissant les questions se glisser dans l’histoire sans qu’elles deviennent trop pesantes.

L’écriture vous permet-elle d’exprimer ce que vous avez parfois du mal à dire ?

Oui, j’ai toujours été plus à l’aise en écrivant qu’en parlant.

Lorsque je m’exprime oralement, j’ai parfois l’impression que mes paroles peinent à traduire le véritable sens de mes pensées. À l’écrit, je peux prendre le temps de chercher les mots, de les déplacer et de les ajuster jusqu’à ce qu’ils se rapprochent de ce que je ressens réellement.

L’écriture devient alors une manière plus fidèle de me livrer, tout en conservant la distance dont j’ai besoin.

Un homme à un tournant de sa vie

Comment l’idée d’Une pause en chemin vous est-elle venue ?

Je suis incapable de dire précisément pourquoi j’ai souhaité raconter cette histoire.

L’image d’un homme désemparé, arrivé à un tournant de son existence, s’est progressivement imposée à moi. Je voulais suivre ce personnage au moment où ses certitudes vacillent et où la route qu’il empruntait jusque-là ne lui paraît plus aussi évidente.

L’histoire s’est ensuite construite autour de ses hésitations, de ses rencontres et des questions que cette période de rupture fait naître en lui.

Le roman est-il né de vos propres interrogations ?

J’ai commencé à en écrire les toutes premières pages autour de la quarantaine, à une période où je me posais moi-même de nombreuses questions sur la route à suivre.

Je ne souhaitais pas pour autant bouleverser le cours de ma propre vie. L’écriture m’offrait plutôt la possibilité d’explorer, à travers un personnage, ce qui aurait pu arriver si certains choix avaient été différents.

La fiction me permettait ainsi d’emprunter une autre voie sans avoir à transformer la mienne.

Pourquoi avoir choisi de vous glisser dans la peau d’un homme ?

Ce choix m’offrait une certaine distance.

Même si un auteur place toujours une part de lui-même dans ce qu’il écrit, je ne voulais pas raconter directement ma propre histoire. En choisissant un personnage masculin, je pouvais lui confier certaines de mes interrogations tout en lui laissant son identité, son parcours et ses propres réactions.

Il ne s’agit donc pas d’un double de moi-même, mais d’un personnage à travers lequel j’ai pu explorer des questions qui m’accompagnaient.

Les autres personnages abordent-ils la vie de la même manière que lui ?

Non, et c’était important pour moi de montrer cette diversité.

Tandis que le personnage principal s’interroge sur la direction à donner à son existence, d’autres vivent plus simplement, sans remettre constamment leurs choix en question.

Ces différentes manières d’avancer permettent de confronter les points de vue. Certaines personnes cherchent sans cesse un sens à leur parcours ; d’autres accueillent plus naturellement ce que la vie leur offre. Aucune de ces attitudes n’est nécessairement meilleure que l’autre.

À paraître au premier trimestre 2027

Le plaisir des mots depuis l’enfance

À quand remonte votre première expérience avec l’écriture ?

Dès que j’ai su écrire, j’ai immédiatement aimé cela.

J’ai commencé à inventer de petites histoires vers l’âge de sept ou huit ans. Mes parents et mes grands-parents étaient très amusés par cette activité qui occupait déjà une place importante dans mon quotidien.

À cette époque, je ne pensais évidemment pas à devenir autrice. J’écrivais simplement parce que cela me plaisait et parce que les mots m’offraient un nouvel espace de liberté.

Qu’écriviez-vous pendant votre jeunesse ?

Tout pouvait devenir matière à écrire : des histoires, des journaux intimes, des lettres ou encore des cartes postales.

J’ai continué très régulièrement jusqu’à l’âge de vingt-trois ans. L’écriture accompagnait naturellement les différentes périodes de ma vie et me permettait aussi bien de raconter que de conserver une trace de ce que je vivais ou ressentais.

Même les écrits les plus ordinaires représentaient déjà pour moi une manière de choisir les mots et de leur donner une intention particulière.

La littérature occupait-elle également une place importante dans votre parcours ?

Oui, j’ai toujours été une lectrice assidue, et ce depuis l’enfance.

J’aimais la littérature dans son ensemble, mais aussi les exercices qui permettaient de l’explorer : les rédactions, les dissertations, les commentaires de textes, puis la philosophie.

Certaines lectures ont fait écho à mes propres ressentis et à mes réflexions tout au long de ma vie. Elles m’ont parfois permis de mettre des mots sur des émotions ou des questions que je ne savais pas encore formuler moi-même.

Qu’aimez-vous particulièrement dans le fait d’écrire ?

J’aime écrire pour le plaisir des mots, pour les voir s’aligner sagement les uns à côté des autres ou, parfois, avec davantage de fantaisie.

Je trouve plus facile d’écrire un roman que de composer de la poésie. Pourtant, jongler avec les mots pour faire ressortir la beauté ou les tourments du monde m’aurait également beaucoup intéressée.

Quel que soit le genre, ce qui m’attire reste cette possibilité de chercher la formulation capable de traduire au plus près une pensée, une émotion ou un regard sur la vie.

Revenir à l’écriture après une longue pause

Pourquoi avez-vous cessé d’écrire après l’âge de vingt-trois ans ?

Ma vie professionnelle et ma vie de famille ont progressivement pris le dessus.

Le temps disponible s’est réduit et l’écriture a fini par passer au second plan. Je n’ai pas pris la décision consciente de l’abandonner : elle s’est simplement effacée derrière les responsabilités et les priorités du quotidien.

Les années ont passé sans que je puisse réellement lui accorder la place qu’elle occupait auparavant.

Le désir d’écrire avait-il complètement disparu ?

Non, je ne crois pas. Il était plutôt resté en sommeil.

L’envie existait toujours quelque part, mais je ne disposais ni du temps ni de la disponibilité intérieure nécessaires pour m’y consacrer véritablement.

Écrire demande de pouvoir s’arrêter, réfléchir et entrer dans un autre rythme. Pendant cette période de ma vie, je n’étais tout simplement pas en mesure de retrouver cet espace.

Quand avez-vous repris l’écriture ?

Il a fallu attendre ma retraite, à l’âge de soixante et un ans, pour que je commence à écrire de nouveau.

Cette reprise est malgré tout restée très discontinue. J’avançais par périodes, puis je laissais le texte de côté avant d’y revenir. Le roman s’est ainsi construit en plusieurs étapes et sur de nombreuses années.

Je regrette parfois de ne pas lui avoir consacré davantage de temps, mais l’essentiel était de continuer à progresser, même lentement.

Terminer un roman représentait-il un objectif personnel ?

Oui. Je souhaitais parvenir à terminer au moins un roman dans ma vie.

C’est désormais chose faite. Peu importe qu’il soit relativement court ou qu’il ait demandé de nombreuses années : je suis allée au bout de l’histoire que je voulais raconter.

Achever Une pause en chemin représente donc bien davantage que la fin d’un manuscrit. C’est l’accomplissement d’un désir ancien que je pensais peut-être ne jamais réaliser.

Cette première publication vous donne-t-elle envie de poursuivre ?

Oui. Être publiée m’encourage à écrire au moins un autre roman.

Ce projet, longtemps considéré comme improbable, devient aujourd’hui une réalité. Cela change nécessairement le regard que je porte sur ma propre écriture et sur ce que je peux encore entreprendre.

Après avoir atteint l’objectif d’achever un premier roman, une nouvelle possibilité s’ouvre désormais devant moi.

Le vertige de se livrer aux lecteurs

La publication était-elle un rêve ancien ?

Oui, mais un rêve profondément enfoui, qui me paraissait tout simplement improbable.

Au départ, j’écrivais uniquement pour moi, sans penser que ce texte serait un jour lu par un public. L’écriture me permettait de me livrer ou, peut-être, de me délivrer de certaines pensées et interrogations.

Voir aujourd’hui ce roman destiné à rencontrer des lecteurs transforme complètement cette expérience.

Ressentez-vous une certaine appréhension à l’idée d’être lue ?

Oui, j’ai un peu peur de la réaction des lecteurs, et plus particulièrement de celle de mes proches ou de mes connaissances.

Écrire, c’est toujours livrer une part de soi, même lorsqu’on raconte une fiction. Des émotions, des réflexions et une manière de regarder le monde finissent nécessairement par apparaître entre les lignes.

Savoir que des personnes qui me connaissent vont découvrir cette part plus intérieure est une expérience assez déstabilisante.

Le choix d’un personnage masculin vous protégeait-il de cette exposition ?

En partie, sans doute.

J’ai tenté de me glisser dans la peau d’un homme plutôt que d’une femme afin d’établir une certaine distance entre mon personnage et moi-même.

Mais cette distance ne fait pas complètement disparaître ce que l’autrice place dans son récit. Même si son parcours n’est pas le mien, certaines de ses questions trouvent naturellement leur origine dans mes propres réflexions.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent d’Une pause en chemin ?

J’aimerais qu’ils retiennent avant tout les réflexions que le roman propose sur la vie et sur les êtres humains à travers le monde.

Le récit soulève quelques questions existentielles que je ne suis sans doute pas la seule à me poser : la direction que nous donnons à notre vie, les choix que nous faisons et la manière dont nous avançons lorsque nos certitudes commencent à vaciller.

J’espère simplement que ces questions resteront accessibles et naturelles, sans jamais paraître trop prétentieuses ni trop fastidieuses.

Pour terminer, qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs qui découvriront votre premier roman ?

Je les inviterais à suivre ce personnage sans chercher nécessairement des réponses définitives à toutes les questions qu’il se pose.

Une pause en chemin raconte un parcours, mais aussi ce moment particulier où l’on accepte de s’arrêter pour regarder autrement la route parcourue et celle qui reste à emprunter.

Si certains lecteurs reconnaissent dans cette histoire une interrogation qu’ils ont eux-mêmes traversée, alors ce roman aura trouvé sa place auprès d’eux.

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