Elliot Beaumont

Sous le nom de plume Elliot Beaumont, Antoine Lesénéchal imagine des romans policiers dans lesquels l’enquête côtoie l’humour, la romance et des personnages que l’on n’a rapidement plus envie de quitter.

Avec Mauvaise Chute, premier tome de la série Les Mystères de Beauport, il entraîne les lecteurs dans une station balnéaire normande fictive où les secrets ne restent jamais enfouis très longtemps. Autour d’Arthur, de Liv et des habitants de Beauport se dessine un univers chaleureux, vivant et parfois mordant, dans lequel le cosy crime devient aussi une manière d’observer les comportements et les contradictions de notre époque.

Avant de trouver sa voie, Elliot Beaumont a pourtant exploré plusieurs chemins : la science-fiction, la fantasy inspirée de Tolkien et même le polar scandinave. Des tentatives parfois ambitieuses, souvent inachevées, qui lui ont progressivement permis de comprendre ce qu’il souhaitait véritablement raconter.

Dans cette interview, il revient avec beaucoup d’autodérision sur ses premiers essais, la naissance de Mauvaise Chute, son attachement à ses personnages, ses étonnantes séances d’écriture accompagnées de parties d’échecs et le parcours qui l’a conduit de l’autoédition aux Éditions Orialis.

Écrire pour retrouver ses personnages

Comment vous présenteriez-vous aux lecteurs qui vous découvrent aujourd’hui ?

Je dirais que je suis avant tout quelqu’un qui aime raconter des histoires et passer du temps avec les personnages qu’il invente.

J’aime les intrigues policières, mais je ne me reconnaissais pas complètement dans les récits très sombres ou particulièrement violents. Le cosy crime m’a permis de trouver un équilibre qui me correspond davantage : une enquête, des personnages attachants, de l’humour, un peu de romance et, lorsque l’occasion se présente, quelques observations personnelles sur notre société.

Je ne cherche pas à donner des leçons ni à écrire de grands pamphlets. J’aime simplement glisser certaines réflexions au milieu de l’histoire, tout en veillant à ce que le lecteur passe un bon moment.

Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris principalement pour me changer les idées et me vider la tête. J’aime raconter des histoires depuis longtemps et l’écriture permet de leur donner une véritable existence.

C’est aussi une manière de m’évader et de rejoindre un univers que je connais de mieux en mieux à mesure que les romans avancent. Lorsque je commence à écrire, je retrouve Beauport, ses rues, ses habitants et tous les petits détails que j’ai imaginés autour d’eux.

Je m’attache énormément à mes personnages. Lorsque je termine un livre, je ressens assez rapidement le besoin de les retrouver et de passer de nouveau du temps avec eux. C’est sans doute l’un des avantages d’écrire une série : le point final ne signifie pas nécessairement que l’on doit leur dire adieu.

Cet attachement influence-t-il votre manière d’écrire leurs histoires ?

Forcément. Mes personnages constituent réellement la base de mes romans. L’enquête est importante, mais elle ne fonctionnerait pas de la même manière si elle était portée par des personnages interchangeables.

J’ai besoin de connaître leurs réactions, leurs habitudes, leurs contradictions et même les petits détails qui ne seront probablement jamais mentionnés dans les livres. Plus je les connais, plus il devient naturel de les faire évoluer dans les situations que j’imagine pour eux.

Cela ne m’empêche pas de leur compliquer sérieusement l’existence. Je les aime beaucoup, mais cela ne m’interdit visiblement pas de leur envoyer régulièrement quelques seaux de problèmes sur la tête. J’imagine que c’est ma façon très personnelle de leur témoigner mon affection.

Trouver enfin son terrain de jeu

Mauvaise Chute est votre premier roman publié, mais ce n’est pas votre première tentative d’écriture…

Loin de là ! Avant Mauvaise Chute, je me suis lancé dans plusieurs projets avec beaucoup d’enthousiasme et une constance nettement plus discutable.

Vers quatorze ou quinze ans, j’ai essayé d’écrire « mon » Seigneur des anneaux. J’avais des notes, des recherches et probablement des ambitions complètement démesurées. En revanche, je n’ai jamais véritablement réussi à accoucher d’un seul chapitre. Tolkien n’a donc jamais eu la moindre raison de s’inquiéter.

Plus tard, je me suis lancé dans un roman de science-fiction que j’ai lamentablement abandonné par flemmardise. L’idée me plaisait, l’univers était là, mais visiblement pas suffisamment pour me convaincre d’aller jusqu’au bout.

Il y a environ cinq ans, après une période de lecture un peu trop compulsive de polars scandinaves, je me suis dit : « Là, tu tiens ton style, mec. » En réalité, pas du tout. Je peinais beaucoup trop à écrire des scènes sombres, macabres ou particulièrement violentes.

J’avais donc envie de raconter des histoires, mais je n’avais toujours pas trouvé la forme qui me correspondait vraiment.

Ces tentatives abandonnées vous ont-elles malgré tout appris quelque chose ?

Oui, même si je ne m’en suis pas forcément rendu compte sur le moment. Elles m’ont permis de comprendre ce que j’aimais imaginer, mais aussi ce que je n’avais pas réellement envie d’écrire.

J’adore les intrigues, les mystères et les histoires dans lesquelles il faut comprendre ce qui s’est passé. En revanche, je ne voulais pas forcément m’attarder sur la noirceur, la violence ou des descriptions macabres.

Ces projets inachevés n’étaient donc pas totalement inutiles. Ils m’ont progressivement rapproché du genre qui me correspondait, même si le chemin pour y parvenir a été un peu long et parfois assez chaotique.

Comment avez-vous finalement découvert le cosy crime ?

Complètement par hasard, en écoutant une émission de radio. Il s’agissait de Blockbuster, sur France Inter, et le thème de l’émission était précisément le cosy crime.

En l’écoutant, j’ai eu l’impression que quelqu’un venait enfin de mettre un nom sur le type d’histoires que j’avais envie de raconter. Ce genre cochait toutes les cases : des intrigues policières, une atmosphère chaleureuse, des personnages récurrents, de l’humour, du feel-good et même de la romance.

Je pouvais construire une véritable enquête sans être obligé de plonger dans des scènes extrêmement sombres. Je pouvais aussi accorder davantage de place aux relations entre les personnages, à leurs évolutions et à tout ce qui se déroule autour du crime.

Au fond, l’histoire que je voulais écrire était probablement déjà quelque part dans ma tête. Ce qui me manquait, c’était le cadre général capable de l’accueillir.

Qu’est-ce que le cosy crime vous permet d’exprimer que vous ne trouviez pas dans les autres genres ?

Il offre une grande liberté. L’enquête constitue le fil conducteur, mais elle ne prend pas nécessairement toute la place.

Je peux raconter une amitié, faire évoluer une relation amoureuse, développer la vie d’une ville et de ses habitants ou glisser quelques réflexions sur des phénomènes de société qui me touchent. Tout cela peut cohabiter dans le même roman sans donner l’impression de s’éloigner de l’histoire principale.

Le cosy crime permet également d’explorer la psychologie des personnages d’une manière parfois plus profonde qu’il n’y paraît. Comme ils reviennent d’un tome à l’autre, le lecteur apprend progressivement à les connaître, à comprendre leurs réactions et à observer leurs transformations.

Vous assumez donc la place de la romance dans vos romans ?

Oui, même si j’ai une forte tendance à essayer de le cacher, je suis plutôt romantique.

La romance n’est pas un simple élément décoratif dans Les Mystères de Beauport. Elle participe à l’évolution des personnages et à leur manière de se dévoiler. Elle apporte aussi une tension différente de celle de l’enquête, avec des hésitations, des maladresses et tout ce que les personnages ne parviennent pas toujours à dire clairement.

J’aime cet équilibre entre le mystère, l’humour et les émotions. Il me permet d’écrire des histoires qui me ressemblent davantage, sans avoir à choisir entre le roman policier et l’attachement aux personnages.

Mauvaise Chute : quand les personnages donnent naissance à l’histoire

Un personnage, un lieu ou un événement particulier a-t-il été le point de départ de votre roman ?

Mes personnages sont véritablement le point de départ de mes histoires. Avant même de réfléchir aux détails d’une enquête, j’ai besoin de savoir qui va la vivre et comment chacun réagira face aux événements.

Arthur a été le premier à apparaître. Je regardais l’interview d’un acteur, dont je ne citerai évidemment pas le nom, lorsqu’une idée m’est venue. Quelque chose dans son attitude ou sa manière de s’exprimer a immédiatement fait surgir un personnage dans mon esprit.

Je me suis alors dit : « Là, tu as peut-être le début d’un truc. »

Arthur a donc constitué le premier point d’ancrage de l’histoire. L’univers, les autres personnages et l’intrigue ont ensuite commencé à se construire autour de lui.

Pourquoi refusez-vous de révéler l’identité de cet acteur ?

Parce que je préfère laisser les lecteurs imaginer Arthur comme ils le souhaitent.

Lorsque je crée un personnage, j’ai besoin de le voir très précisément. Je regarde beaucoup de séries et je l’associe presque immédiatement à un acteur ou à une actrice. Je me demande simplement : « Qui pourrait jouer ce rôle dans une adaptation télévisée ? »

Cette méthode m’aide à imaginer une silhouette, une manière de se déplacer, des expressions ou une présence. Mais une fois que le personnage entre dans le roman, il évolue et devient progressivement quelqu’un d’autre.

Mes amis et ma famille trouvent ce procédé un peu étrange et me demandent régulièrement qui pourraient être Arthur et Liv. Je ne réponds quasiment jamais. Il faut bien conserver quelques secrets, même lorsqu’on raconte volontiers ceux de ses personnages.

Comment construisez-vous vos personnages ?

Je passe énormément de temps à créer des fiches très détaillées. Je leur invente une histoire, des habitudes, des qualités, des défauts et une quantité assez impressionnante d’anecdotes.

Je peux noter le nom du doudou qu’ils possédaient lorsqu’ils étaient enfants ou me demander s’ils ont déjà eu la varicelle. La plupart de ces informations ne seront probablement jamais utilisées dans le roman, mais elles me permettent de mieux les connaître.

Cela peut sembler complètement inutile, voire un peu absurde, mais plus j’en sais sur eux, plus il devient facile de les faire évoluer dans les différentes situations que j’imagine. Je sais comment ils parlent, ce qui les agace, ce qu’ils cherchent à dissimuler et la façon dont ils vont réagir lorsqu’un événement vient bouleverser leurs certitudes.

Au moment d’écrire, je n’ai donc plus l’impression de déplacer des personnages en fonction des besoins de l’intrigue. J’essaie plutôt de comprendre ce qu’ils décideraient réellement de faire.

Arthur est-il le héros incontestable des Mystères de Beauport ?

Arthur est le personnage autour duquel mes premières réflexions se sont construites, mais je ne considère pas qu’il soit le seul héros de la série.

Liv est, à mon sens, largement aussi héroïque que lui. Elle ne constitue pas simplement un personnage féminin placé à ses côtés ou un soutien destiné à le mettre en valeur. Elle possède sa propre personnalité, ses forces, ses failles et sa manière d’affronter les événements.

Leur complémentarité est essentielle. Ils ne perçoivent pas toujours les situations de la même manière, ne réagissent pas avec les mêmes réflexes et ne possèdent pas les mêmes fragilités.

C’est précisément cette différence qui rend leur duo intéressant à écrire. L’enquête les oblige à avancer, mais leurs relations, leurs hésitations et tout ce qu’ils ne se disent pas participent tout autant à l’histoire.

Pourquoi avoir imaginé une série plutôt qu’un roman totalement indépendant ?

Parce que je savais assez rapidement que je n’aurais pas envie de quitter ces personnages après une seule enquête.

Une série permet de résoudre une intrigue dans chaque tome tout en laissant évoluer les relations et les histoires personnelles sur une durée beaucoup plus longue. Le lecteur peut ainsi revenir à Beauport, retrouver les personnages qu’il connaît déjà et découvrir de nouvelles facettes de leur personnalité.

C’est également ce qui me plaît lorsque j’écris : chaque roman possède sa propre histoire, mais il prolonge un univers plus vaste. Certains détails prennent de l’importance avec le temps et des relations peuvent évoluer progressivement sans devoir tout résoudre en quelques chapitres.

Lorsque j’ai terminé Mauvaise Chute, j’étais heureux d’avoir écrit un roman jusqu’au bout, mais je savais surtout que je n’en avais pas terminé avec Arthur, Liv et Beauport.

Couverture du roman Mauvaise Chute d’Elliot Beaumont, premier tome de la série Les Mystères de Beauport

Dans les coulisses de l’écriture

Comment préparez-vous l’écriture d’un roman ?

Je prépare beaucoup mes histoires avant de commencer véritablement la rédaction. Je connais généralement mon plan sur le bout des doigts et je sais dans quelle direction l’intrigue doit avancer.

Cette préparation me permet ensuite d’écrire assez vite et de manière linéaire. Lorsque je suis lancé, je peux aligner les mots rapidement parce que je n’ai pas besoin de m’arrêter constamment pour me demander ce qu’il doit se passer dans le chapitre suivant.

Le plan ne m’empêche pas de laisser une certaine liberté aux personnages. Certaines scènes évoluent pendant leur écriture et il arrive qu’un dialogue prenne une direction que je n’avais pas exactement prévue. Mais je conserve toujours une structure suffisamment précise pour ne pas perdre de vue l’enquête et les différentes étapes du récit.

Vous relisez-vous régulièrement pendant la rédaction ?

Très rarement. Une fois que j’ai commencé, je préfère avancer jusqu’au point final sans revenir continuellement sur les chapitres précédents.

Cette méthode m’aide à conserver mon élan et à ne pas rester bloqué sur une phrase ou un passage imparfait. En revanche, elle transforme parfois la première relecture en expérience assez particulière.

Je peux redécouvrir une scène plusieurs semaines plus tard et avoir une réaction du genre : « What the fuck… C’est vraiment moi qui ai écrit cette mer… ? »

La première relecture constitue donc un moment particulièrement marquant. C’est là que je découvre réellement ce qui fonctionne, ce qui doit être retravaillé et les passages dans lesquels mon enthousiasme a manifestement pris un peu trop d’avance sur ma vigilance.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières pendant l’écriture de Mauvaise Chute ?

Pas réellement pendant la rédaction. Mes principales difficultés appartiennent plutôt à mes précédentes tentatives, celles que j’ai abandonnées avant d’avoir trouvé le genre qui me convenait.

Pour Mauvaise Chute, une fois l’univers, les personnages et le plan installés, l’écriture s’est déroulée assez naturellement. Le travail le plus délicat est venu ensuite, au moment de relire, de corriger et d’accepter de regarder le texte avec davantage de recul.

En revanche, je me souviens très précisément du moment où j’ai posé mon premier véritable point final. J’étais sur un nuage et incroyablement fier de moi. Après tous les projets commencés puis abandonnés, j’avais enfin terminé un roman.

Rien que pour cet instant, toutes les tentatives précédentes valaient probablement la peine.

Vous écrivez chaque chapitre du point de vue d’un personnage. Comment entrez-vous dans sa voix ?

Avant de commencer un chapitre, j’ai besoin de me plonger dans la peau du personnage qui va le porter.

Pour les personnages masculins, c’est parfois un peu plus simple parce que je leur donne inévitablement certains de mes traits de caractère, une habitude, une réaction ou un tic. Même lorsque je ne le fais pas volontairement, une petite part de moi finit toujours par se glisser quelque part.

Pour les personnages féminins, le travail me demande parfois davantage de préparation. Je peux écouter la chanson que j’imagine être la préférée du personnage ou celle qui correspond le mieux à son état d’esprit pendant la scène.

La musique m’aide à retrouver son émotion, son rythme et sa manière de percevoir ce qu’il se passe. Cela fonctionne tellement bien que les personnages féminins sont finalement ceux que je préfère écrire.

Avez-vous un rituel ou un lieu privilégié pour écrire ?

Je n’ai pas véritablement de lieu ou de rituel immuable. En revanche, j’ai une habitude que je ne conseillerais pas nécessairement à quelqu’un qui rencontre déjà des difficultés de concentration : je joue parfois aux échecs pendant que je dicte mon texte.

Cela peut donner des phrases comme : « Arthur marchait calmement d… Mais pourquoi j’ai joué ça ?… derrière Liv, sur un sentier battu par le… »

Sur le papier, la méthode ne paraît pas particulièrement efficace. Pourtant, j’aime faire plusieurs choses à la fois et cette alternance stimule mon imagination. Une partie de mon esprit construit la scène pendant que l’autre essaie visiblement d’éviter de perdre une pièce importante.

Je ne prétends pas qu’il s’agisse d’un conseil d’écriture universel. C’est simplement ma manière de fonctionner, avec des résultats parfois littéraires et parfois beaucoup moins glorieux sur l’échiquier.

Écrire malgré les obstacles

Quelle a été votre première expérience avec l’écriture ?

Mon rapport à l’écriture a longtemps été assez paradoxal. J’aimais inventer des histoires, mais leur donner une forme écrite n’avait absolument rien d’évident.

Je suis dysorthographique. Avant l’arrivée des logiciels de traitement de texte et des correcteurs, écrire représentait donc une véritable épreuve. Il fallait essayer de conserver le fil d’une idée tout en consacrant énormément d’énergie à l’orthographe.

Ajoutons à cela que je suis gaucher et que j’écris à la main littéralement moins vite que mon fils de onze ans : on obtient le mélange idéal pour ne pas avoir particulièrement envie de se lancer dans la rédaction d’un roman.

Les outils numériques ont changé beaucoup de choses. Ils ne font évidemment pas le travail à ma place, mais ils me permettent de me concentrer davantage sur ce que j’ai envie de raconter.

Quand avez-vous compris que vous aviez peut-être quelque chose à exprimer par l’écriture ?

Je crois que c’était en classe de quatrième. Ma mère s’était étonnée de mes bonnes notes en français, ce qui, il faut bien l’avouer, n’était pas particulièrement fréquent.

Elle avait interrogé mon professeur à ce sujet. Il lui avait expliqué que mes rédactions étaient tellement originales qu’il avait décidé de ne plus me retirer systématiquement de points à cause de l’orthographe.

Cette remarque a été importante pour moi. Pour la première fois, quelqu’un regardait ce que je racontais avant de regarder uniquement la manière dont les mots étaient écrits.

C’est probablement à ce moment-là que je me suis dit que je devais lire davantage pour apprendre à mieux écrire et continuer à développer cette imagination.

La lecture a-t-elle ensuite joué un rôle important dans votre parcours ?

Oui, énormément. Lire m’a permis de découvrir différentes façons de construire une histoire, de faire vivre des personnages et de trouver un rythme.

Mes périodes de lecture ont parfois eu une influence un peu excessive sur mes ambitions. Après Tolkien, j’ai voulu écrire de la fantasy. Après avoir dévoré des polars scandinaves, j’ai pensé que j’avais enfin trouvé mon style.

Ces enthousiasmes successifs ne m’ont pas toujours conduit jusqu’au point final, mais ils m’ont aidé à comprendre mes goûts. On apprend aussi beaucoup en découvrant ce que l’on admire chez les autres et ce que l’on ne parvient pas, ou que l’on n’a finalement pas envie, de reproduire.

Aujourd’hui encore, la lecture nourrit mon écriture, même si j’ai fini par trouver un univers et un ton qui me sont plus personnels.

Vous avez également écrit des chroniques satiriques dans le journal de votre lycée…

Oui, et leur succès auprès du corps enseignant a été plus que limité.

J’aimais déjà observer ce qui m’entourait et transformer certaines situations en textes humoristiques ou légèrement mordants. Visiblement, tout le monde ne partageait pas toujours mon enthousiasme pour cette forme d’expression.

Avec le recul, ces chroniques contenaient peut-être déjà une partie de ce que j’aime faire aujourd’hui : raconter une histoire, utiliser l’humour et glisser quelques remarques sur des comportements ou des situations qui m’interpellent.

La différence, c’est que je dispose maintenant de personnages fictifs pour porter ces observations. C’est sans doute un peu plus confortable… et cela limite les discussions avec le corps enseignant.

Du manuscrit à la publication

Quel a été votre parcours après avoir terminé Mauvaise Chute ?

Long et laborieux.

Au départ, je pensais sincèrement qu’il suffisait d’écrire un livre, de l’envoyer à quelques maisons d’édition et d’attendre tranquillement qu’une réponse positive arrive.

Spoiler alerte : ce n’est pas du tout comme cela que ça fonctionne.

J’ai découvert les envois de manuscrits, les délais de réponse, les refus et parfois l’absence totale de retour. Après être enfin parvenu à terminer un roman, je pensais avoir accompli la partie la plus difficile. J’ai rapidement compris que l’écriture ne représentait que la première étape du parcours vers la publication.

Pourquoi vous êtes-vous alors tourné vers l’autoédition ?

Parce que je voulais que le livre existe et puisse rencontrer ses premiers lecteurs.

L’autoédition m’a permis de concrétiser le projet sans attendre indéfiniment qu’une maison d’édition décide de l’accompagner. Mais j’ai aussi découvert toutes les réalités qui se cachent derrière la fabrication et la commercialisation d’un roman.

On ne reste plus simplement auteur. On devient presque autoentrepreneur : il faut penser à la mise en page, à la couverture, à la diffusion, à la communication et à une quantité de tâches que l’on n’avait pas nécessairement imaginées au moment d’écrire le premier chapitre.

Tous ces aspects ne m’ont pas rebuté, loin de là. Cette expérience m’a beaucoup appris sur la vie d’un livre et sur tout le travail nécessaire pour qu’il atteigne ses lecteurs.

Est-il difficile de confier son roman après avoir tout géré soi-même ?

Oui, parce que l’autoédition donne l’habitude de contrôler chaque détail et de prendre seul toutes les décisions.

Lorsqu’un éditeur entre dans l’aventure, il faut apprendre à partager le projet, à écouter d’autres propositions et parfois à accepter que certaines choses puissent être envisagées différemment.

Mon éditrice s’est probablement rendu compte assez rapidement que j’avais encore beaucoup de mal à lâcher la main sur certains aspects. Je progresse, mais je ne promets pas d’être totalement guéri.

Cela demande un véritable changement de posture. Le livre reste profondément personnel, mais il devient également le résultat d’un travail collectif destiné à lui donner toutes les chances de trouver sa place.

Que représente pour vous la publication de Mauvaise Chute aux Éditions Orialis ?

Je la vis à la fois comme une véritable reconnaissance et comme un soulagement.

Après les tentatives abandonnées, le premier point final, les démarches auprès des maisons d’édition et l’expérience de l’autoédition, voir Mauvaise Chute rejoindre le catalogue des Éditions Orialis donne une nouvelle dimension à cette histoire.

Cette publication signifie que quelqu’un d’extérieur à mon entourage a cru dans le roman, dans les personnages et dans le potentiel de la série Les Mystères de Beauport.

Elle me permet également de ne plus avancer seul. Je peux continuer à écrire et à développer cet univers tout en bénéficiant d’un accompagnement éditorial et d’un regard différent sur mon travail.

C’est une étape importante, mais ce n’est pas un aboutissement définitif. Pour Arthur, Liv et les habitants de Beauport, l’aventure ne fait que commencer.

Le livre, les lecteurs et la vie d’auteur

Vos aventures personnelles nourrissent-elles parfois vos histoires ?

Je suis passionné de voile et je pourrais raconter une quantité impressionnante d’histoires rocambolesques : des régates, des navigations houleuses et quelques fortunes de mer.

Certaines pourraient probablement devenir d’excellentes anecdotes littéraires. Pourtant, je ne suis pas particulièrement à l’aise avec le fait de parler de ma vie personnelle en dehors de l’écriture.

Je préfère généralement transformer ce qui m’intéresse, m’amuse ou m’interpelle en situations fictives. La fiction permet de conserver une certaine distance et d’utiliser une émotion ou une expérience sans devoir nécessairement expliquer d’où elle vient.

Mes personnages peuvent donc récupérer quelques fragments de réalité, mais ils les transforment rapidement en quelque chose qui leur appartient.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de Mauvaise Chute ?

J’aimerais d’abord qu’ils comprennent que le cosy crime est un sous-genre capable de raconter des histoires beaucoup plus profondes qu’il n’y paraît.

L’enquête est importante, mais elle permet également d’explorer la psychologie des personnages, leurs relations et tout ce qu’ils cherchent parfois à dissimuler. C’est encore plus vrai dans une série comme Les Mystères de Beauport, puisque les personnages évoluent d’un roman à l’autre.

J’espère aussi que les lecteurs ressentiront le profond attachement que j’éprouve pour eux. Même si, pour le bien de l’intrigue, je leur envoie parfois quelques seaux de m… sur la tête.

Derrière l’aspect feel-good, souhaitez-vous également faire réfléchir ?

Oui, même si je ne prétends absolument pas écrire des pamphlets.

Certains comportements ou certaines dérives de notre société moderne me touchent et trouvent naturellement leur place dans mes histoires. Le cosy crime permet de les aborder sans interrompre le récit ni alourdir l’atmosphère.

Ces réflexions apparaissent à travers une situation, une réaction ou parfois une petite phrase. Elles restent intégrées à l’histoire et chacun est libre de les recevoir comme il le souhaite.

Si le lecteur passe un bon moment tout en s’interrogeant ponctuellement sur ce qu’il vient de lire, je trouve cela plutôt réussi.

Quel rapport aimeriez-vous construire avec vos lecteurs ?

J’aimerais qu’ils aient envie de revenir à Beauport et de retrouver les personnages comme on retrouve des connaissances auxquelles on s’est progressivement attaché.

Dans une série, une relation particulière se crée avec le lecteur. Il connaît déjà certains détails, attend de voir évoluer les personnages et peut parfois deviner leurs réactions avant même qu’ils ne les expriment.

J’espère surtout qu’il prendra plaisir à mener l’enquête tout en s’intéressant à ce qui se joue autour : les amitiés, les tensions, les maladresses, les sentiments et les petites histoires qui donnent vie à Beauport.

Le plus beau compliment serait sans doute qu’un lecteur referme le roman avec l’envie de connaître la suite.

Que diriez-vous à une personne qui aimerait écrire mais qui n’ose pas se lancer ?

Je lui dirais simplement : « Faites-vous plaisir ! »

Je n’écris pas pour me prendre la tête et je pense que cela se ressent à la lecture. J’écris comme je parle, et oui, c’est possible. On a parfaitement le droit d’écrire avec sa propre voix, son humour et sa manière de raconter.

Il ne faut pas attendre de trouver immédiatement le genre idéal ni considérer les tentatives abandonnées comme des échecs définitifs. J’ai essayé la fantasy, la science-fiction et le polar sombre avant de découvrir le cosy crime.

Tous ces détours m’ont finalement aidé à comprendre ce que j’avais réellement envie d’écrire. L’essentiel est de commencer, de tester et surtout de ne pas oublier le plaisir de raconter une histoire.

Et maintenant ?

Quels sont vos projets pour la suite des Mystères de Beauport ?

Continuer à développer Beauport, ses habitants et les relations qui se construisent au fil des enquêtes.

Chaque tome doit proposer une nouvelle intrigue tout en faisant avancer les personnages. C’est cet équilibre qui m’intéresse : offrir au lecteur une histoire complète, mais aussi lui donner envie de retrouver Arthur, Liv et tous ceux qui gravitent autour d’eux.

J’ai encore beaucoup de choses à raconter et probablement quelques problèmes supplémentaires à leur envoyer. Ils ne sont donc pas près de pouvoir mener une existence parfaitement tranquille.

Pour terminer, qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs qui ne connaissent pas encore votre univers ?

Je les inviterais simplement à venir faire un tour à Beauport.

Ils y trouveront une enquête, de l’humour, des personnages attachants, quelques secrets, un peu de romance et sans doute plusieurs habitants qui auraient préféré que certaines vérités restent bien cachées.

Mauvaise Chute ouvre la porte de cet univers, mais ce sont surtout Arthur, Liv et les autres personnages qui, je l’espère, leur donneront envie d’y revenir.

Bienvenue à Beauport… même si les séjours y sont parfois légèrement plus mouvementés que prévu.

Mauvaise Chute, premier tome de la série Les Mystères de Beauport, paraîtra le 10 septembre 2026 aux Éditions Orialis. Les précommandes ouvriront le 20 août 2026.

Suivant
Suivant

Marie Aimer