Florence Goulven

Autrice de littérature contemporaine, Florence Goulven interroge notre manière d’habiter le monde, de transmettre et de trouver notre place au sein d’une société dont les règles ne tiennent pas toujours compte des réalités individuelles.

Éducatrice spécialisée de formation et diplômée de deux masters, elle a consacré une grande partie de sa carrière à la protection de l’enfance avant de travailler dans la formation professionnelle, l’insertion et le management. Cette expérience nourrit une écriture profondément ancrée dans le réel, attentive aux blessures invisibles, aux rapports de pouvoir et aux décisions qui bouleversent parfois une existence.

Bretonne, voyageuse, photographe et passionnée par les langues et les cultures, elle puise également dans ses rencontres et ses observations une matière romanesque profondément humaine.

Avec 172 trimestres, à paraître aux Éditions Orialis, elle raconte l’histoire d’Isabelle, une femme qui pensait pouvoir enfin prendre sa retraite, mais qu’une erreur administrative oblige à retourner travailler. À travers son parcours et celui des femmes qui l’entourent, le roman questionne le sens du travail, la transmission, les violences institutionnelles et la liberté de choisir sa propre voie.

Dans cette interview, Florence Goulven revient sur la naissance inattendue de ce roman, sa manière très visuelle d’écrire et cette interrogation qui accompagne son travail : pourquoi faisons-nous les choses ainsi et que se passerait-il si nous décidions de faire autrement ?

Écrire pour interroger le monde

Comment vous présenteriez-vous aux lecteurs qui vous découvrent aujourd’hui ?

Je suis une autrice qui s’intéresse à ce qui se joue derrière les situations ordinaires, les règles établies et les fonctionnements que nous finissons parfois par considérer comme inévitables.

Mon parcours professionnel m’a conduite dans différents univers, notamment la protection de l’enfance, la formation, l’insertion et le management. J’y ai rencontré des personnes confrontées à des choix difficiles, à des contraintes institutionnelles ou à des événements capables de faire basculer une existence.

Ces expériences influencent nécessairement mon regard, même si mes romans restent des œuvres de fiction. Elles m’ont surtout appris à ne jamais réduire une personne à son statut, à ses blessures ou aux décisions prises à sa place.

Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris probablement pour essayer de comprendre et pour mettre en lumière ce qui n’est pas toujours pris en compte.

Une question revient régulièrement, quel que soit le sujet que j’aborde : d’où vient telle ou telle façon de faire ? Nous vivons entourés de règles, d’habitudes et d’organisations que nous ne questionnons plus toujours. Pourtant, derrière chacune d’elles se trouvent des conséquences très concrètes sur la vie des personnes.

L’écriture me permet d’observer ces mécanismes, de les déplacer et d’imaginer ce qui pourrait arriver si nous décidions de regarder la situation autrement.

Votre expérience professionnelle nourrit-elle directement vos histoires ?

Elle nourrit surtout ma manière de regarder les situations et les personnages.

Le travail dans la protection de l’enfance confronte à des réalités complexes, dans lesquelles il est rarement possible de séparer simplement ceux qui ont raison de ceux qui ont tort. Il existe des décisions nécessaires, mais aussi la manière dont elles sont vécues par les personnes concernées.

Cette expérience m’a appris à observer les conséquences concrètes d’une décision. Que perd une personne lorsque l’on affirme agir pour son bien ? Quels repères lui retire-t-on ? Quelle place lui laisse-t-on pour exprimer ses besoins ou participer à ce qui va déterminer son avenir ?

Ce sont ces questions qui peuvent ensuite trouver leur chemin jusque dans un roman.

La question « Et si l’on faisait autrement ? » occupe-t-elle une place importante dans votre écriture ?

Elle est probablement au cœur de mon travail.

Cette question ne signifie pas que toutes les situations possèdent une solution simple. Elle permet cependant de ne pas considérer nos façons de faire comme immuables.

Demander « Et si l’on faisait autrement ? », c’est ouvrir un espace. C’est accepter de regarder les conséquences d’une décision, de réfléchir à ce que l’on transmet et de se demander quel maillon nous souhaitons être dans une histoire familiale ou collective.

C’est également une manière de rendre aux personnages une possibilité d’agir, même lorsque leur liberté semble, au départ, extrêmement limitée.

172 trimestres : d’une nouvelle écrite dans l’urgence à un roman

Comment est née l’histoire de 172 trimestres ?

Tout a commencé par un concours de nouvelles. Cela faisait trois mois que j’essayais d’écrire un texte. J’avais commencé une dizaine d’histoires, mais aucune ne me paraissait suffisamment convaincante pour être envoyée.

Deux jours avant la date limite, au cours d’une nuit, j’ai écrit une nouvelle intitulée Je veux dormir avec mon chat. Je n’avais plus le temps de douter ni de la retravailler. Je l’ai envoyée presque immédiatement.

La nouvelle est arrivée deuxième du concours. Un ami m’a alors dit : « Fais-en un roman, elle le mérite mille fois. » J’ai répondu oui.

Aviez-vous immédiatement imaginé que cette nouvelle pourrait devenir un roman ?

Non. Au moment de l’écrire, mon seul objectif était de parvenir enfin au bout d’un texte et de respecter l’échéance du concours.

Les dix histoires commencées au cours des mois précédents n’avaient mené nulle part. Puis celle-ci s’est imposée en une nuit, presque sans me laisser le temps de réfléchir.

C’est seulement après le concours et la remarque de cet ami que j’ai envisagé tout ce que cette histoire pouvait encore contenir. La nouvelle possédait déjà un univers et des personnages, mais elle ouvrait surtout des questions qui demandaient davantage d’espace.

Comment une histoire consacrée à une petite fille s’est-elle transformée en un roman beaucoup plus vaste ?

Le point de départ concernait effectivement une petite fille. En développant le texte, son histoire s’est progressivement ouverte aux femmes qui l’entouraient, puis aux autres personnages.

Je me suis rendu compte que les questions soulevées ne concernaient pas seulement l’enfance. Elles touchaient plus largement à la place accordée aux besoins de chacun, aux décisions prises pour les autres et aux conséquences de ces choix.

Le roman a ainsi commencé à traverser plusieurs générations. Il ne racontait plus uniquement une situation particulière, mais une transmission : ce que l’on reçoit, ce que l’on reproduit et ce que l’on peut décider de transformer.

Pourquoi avoir choisi de placer plusieurs femmes au cœur du récit ?

Parce que certaines décisions, certaines contraintes et certaines responsabilités continuent à peser particulièrement sur les femmes.

Est-il normal de pleurer en laissant son bébé de deux mois à la crèche pour retourner travailler, faute d’un revenu parental d’éducation ? Peut-on réellement parler d’un choix lorsque l’une des possibilités menace l’équilibre financier ou la sécurité de toute une famille ?

À travers Isabelle, Emma, Louise et toutes les mères de l’histoire, je voulais montrer des femmes confrontées à des époques et à des situations différentes, mais reliées par les mêmes interrogations.

Chacune essaie de composer avec ce qu’elle a reçu, ce que l’on attend d’elle et ce qu’elle souhaite transmettre à son tour.

Qui est Isabelle, le personnage central de 172 trimestres ?

Isabelle est une femme qui pensait être arrivée au terme de sa vie professionnelle. Elle a travaillé, élevé ses enfants, traversé des deuils et pris soin de sa mère.

Alors qu’elle devrait pouvoir envisager la retraite, une erreur administrative vient bouleverser cet équilibre. Elle voit soudain cette perspective s’éloigner et son statut voler en éclats, sans avoir réellement voix au chapitre.

Isabelle subit une décision qui la concerne pourtant entièrement. Son parcours pose alors une question essentielle : que reste-t-il de notre liberté lorsque les règles, les calculs ou les institutions décident à notre place ?

Le roman parle-t-il seulement de la retraite et du monde du travail ?

Non. La situation d’Isabelle constitue un point de départ, mais le roman dépasse rapidement la question administrative.

172 trimestres parle du travail, de la maternité, de la protection de l’enfance, de la transmission et des violences qui peuvent s’installer lorsque les besoins d’une personne ne sont plus entendus.

Il interroge également les mots que nous utilisons pour présenter certaines décisions comme nécessaires, raisonnables ou protectrices, alors que leurs conséquences peuvent être extrêmement lourdes pour ceux qui les subissent.

Au fond, le roman demande quelle place nous accordons réellement à l’humain lorsque les règles et les institutions commencent à peser plus lourd que les personnes.

Écrire « en mode cinéma »

Vous dites écrire « en mode cinéma ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Je visualise chaque scène avant ou pendant son écriture. Je vois les décors, la position des objets, la place des personnages et parfois même la manière dont ils se déplacent.

La scène se déroule dans mon esprit comme une séquence de film. Je dois ensuite trouver les mots capables de restituer ce que je vois sans tout décrire ni ralentir le récit.

Cette manière d’écrire m’aide également à vérifier la cohérence de l’ensemble. Si un personnage traverse une pièce, saisit un objet ou regarde dans une certaine direction, j’ai besoin de savoir précisément où il se trouve et ce qui l’entoure.

L’image vient-elle généralement avant les mots ?

Souvent, oui. Une scène peut d’abord apparaître sous la forme d’une image très précise, d’un mouvement ou d’une succession de détails.

Je peux voir un personnage entrer dans une pièce, entendre le bruit qui l’entoure et ressentir son hésitation avant de savoir exactement ce qu’il va dire.

L’écriture consiste alors à traduire cette scène intérieure. Il faut choisir ce que le lecteur doit voir immédiatement, ce qui peut rester en arrière-plan et le détail qui permettra de faire naître l’émotion.

Certaines scènes ont-elles été particulièrement difficiles à écrire ?

Oui. Certaines ont résisté longtemps parce qu’elles demandaient de trouver une distance très juste.

Je pense notamment à l’arrivée d’un enfant dans un foyer, un soir, entre deux gendarmes. Il n’a avec lui que son cartable. Il découvre le bruit, l’inconnu et un lieu dans lequel il ne possède aucun repère.

Il pense encore qu’il va se réveiller de ce cauchemar. Puis on lui montre sa chambre et, à cet instant, la situation devient réelle.

Cette scène devait être racontée du point de vue de l’enfant, à travers ce qu’il voit, ce qu’il perd et ce qu’il ne comprend pas encore.

Pourquoi cette scène occupe-t-elle une place aussi importante dans le roman ?

Parce qu’elle met en évidence un paradoxe particulièrement douloureux.

Cet enfant est placé pour être protégé et soustrait à un danger. Pourtant, c’est lui qui doit partir. C’est lui qui quitte sa maison, sa chambre, son école, ses camarades et, éventuellement, son chat.

La décision poursuit un objectif de protection, mais elle lui demande de renoncer à tout ce qui constituait jusque-là son univers.

C’est cher payé lorsque l’on est une victime et que l’on n’a que six ans.

Comment éviter de trop expliquer l’émotion dans une scène aussi forte ?

Je préfère m’appuyer sur des éléments concrets. Le cartable, la chambre inconnue, le bruit du foyer ou l’absence des objets familiers peuvent raconter beaucoup plus qu’un long commentaire.

Il n’est pas toujours nécessaire d’expliquer au lecteur ce que le personnage doit ressentir. Si la situation est suffisamment précise, l’émotion apparaît naturellement.

Écrire « en mode cinéma » m’aide dans ce travail. Je cherche l’image, le geste ou le détail capable de rendre la scène visible et de laisser ensuite au lecteur la liberté de la recevoir avec sa propre sensibilité.

Transmission, besoins et cycles de violence

La transmission constitue-t-elle l’un des fils conducteurs de 172 trimestres ?

Oui. Le roman interroge ce que nous recevons, ce que nous conservons et ce que nous transmettons à notre tour, parfois sans même en avoir conscience.

Cette transmission peut être familiale, sociale ou institutionnelle. Elle passe par les paroles, les comportements, les habitudes, mais aussi par les silences et les décisions que l’on reproduit parce qu’elles ont toujours été prises de cette manière.

À travers Isabelle, Emma, Louise et les différentes mères de l’histoire, le roman observe la façon dont certains schémas traversent les générations et la possibilité, pour chacune, de les prolonger ou de les interrompre.

Que signifie cette question présente dans le roman : « Quel maillon voulons-nous être ? »

Nous appartenons tous à une chaîne de transmission. Nous recevons quelque chose de ceux qui nous précèdent et nous laissons, volontairement ou non, quelque chose à ceux qui viennent après nous.

La question est de savoir quelle place nous souhaitons occuper dans cette chaîne. Voulons-nous reproduire ce que nous avons connu ou essayer de le transformer ?

Nous ne choisissons pas toujours ce que nous recevons. En revanche, nous pouvons parfois décider de ce que nous voulons en faire et de ce que nous refusons de transmettre à notre tour.

Avons-nous tous les mêmes moyens pour briser un cycle de violence ?

Non, et c’est un point essentiel.

Nous avançons avec les ressources que nous portons en nous, mais également avec celles que l’on nous donne, que l’on nous transmet ou que l’on nous refuse. Ces moyens peuvent être affectifs, matériels, éducatifs ou sociaux.

Il est beaucoup plus difficile de sortir d’un cycle lorsque l’on manque de soutien, de sécurité ou de possibilités concrètes. On ne peut pas demander aux individus de tout réparer seuls tout en ignorant les conditions dans lesquelles ils essaient de le faire.

Certains personnages de 172 trimestres disposent d’un espace pour choisir. D’autres doivent d’abord lutter pour que l’existence même de leurs besoins soit reconnue.

Le roman porte-t-il un regard critique sur les institutions ?

Il interroge surtout l’écart qui peut exister entre l’intention d’une décision et ses conséquences réelles.

Une institution peut chercher à protéger, accompagner ou organiser. Pourtant, lorsque la personne concernée n’est plus entendue, une décision apparemment rationnelle peut devenir extrêmement violente pour celle qui la subit.

C’est ce qui arrive à l’enfant contraint de quitter tous ses repères pour être protégé. C’est également ce que vit Isabelle lorsque son avenir est bouleversé par une erreur administrative sur laquelle elle n’a aucune prise.

Le roman ne cherche pas à présenter toutes les institutions comme malveillantes. Il questionne plutôt ce qui se produit lorsque les règles et les procédures prennent davantage de place que les êtres humains auxquels elles devraient s’adapter.

Pourquoi les besoins occupent-ils une place si importante dans votre réflexion ?

Parce que la violence apparaît souvent lorsque les besoins fondamentaux ne sont pas reconnus ou satisfaits.

Lorsqu’une personne se sent entendue, respectée et suffisamment en sécurité, la coopération devient possible. À l’inverse, lorsqu’elle est privée de choix, de repères ou de moyens d’agir, la tension et la violence peuvent s’installer.

La balance paraît simple : d’un côté, les besoins ; de l’autre, les réponses que la société, la famille ou les institutions choisissent d’y apporter.

Toute la difficulté consiste à faire en sorte que ceux qui déposent les poids sur cette balance prennent réellement conscience des conséquences de leurs décisions.

172 trimestres est-il malgré tout un roman porteur d’espoir ?

Oui, car le simple fait de questionner ce qui semblait immuable ouvre déjà une possibilité de changement.

Les personnages ne disposent pas tous des mêmes ressources et ne choisissent pas toujours ce qui leur arrive. Ils peuvent cependant essayer de comprendre ce qu’ils ont reçu, ce qu’ils ne veulent plus subir et ce qu’ils souhaitent transmettre autrement.

L’espoir ne réside pas dans une solution miraculeuse. Il se trouve dans la possibilité de reprendre une part de pouvoir sur son histoire, de modifier un équilibre ou de devenir un maillon différent de ceux qui nous ont précédés.

Le livre, les lecteurs et ce qui demeure

Que souhaiteriez-vous que les lecteurs retiennent de 172 trimestres ?

Je n’aimerais pas qu’ils en retiennent un message unique ou une réponse définitive. Je préférerais que le roman fasse naître des questions.

Pourquoi acceptons-nous certaines situations comme si elles étaient inévitables ? À partir de quel moment une règle pensée pour organiser ou protéger cesse-t-elle de tenir compte de l’être humain ? Que transmettons-nous lorsque nous reproduisons une manière de faire sans plus jamais l’interroger ?

Si le lecteur referme le livre avec l’envie de regarder différemment une situation qui lui semblait jusque-là ordinaire, le roman aura déjà accompli quelque chose d’important.

La fiction permet-elle d’aborder autrement les grandes questions de société ?

Oui, parce qu’elle donne un visage et une histoire à des réalités qui pourraient autrement rester très abstraites.

Une erreur administrative, une décision de placement ou une règle liée au travail peuvent être présentées à travers des chiffres, des procédures et des textes officiels. Dans un roman, le lecteur découvre ce qu’elles provoquent dans la vie quotidienne d’une personne.

Il entre dans une maison, partage une inquiétude, mesure une perte et comprend ce que signifie concrètement une décision prise ailleurs.

La fiction ne remplace pas l’analyse, mais elle permet de ressentir ce que les raisonnements généraux laissent parfois de côté.

Vos personnages sont-ils chargés de défendre une idée ?

Je ne souhaite pas en faire de simples porte-parole. Ils doivent rester des êtres humains, avec leurs contradictions, leurs faiblesses et leur manière particulière de comprendre ce qui leur arrive.

Ils ne réagissent pas tous de la même façon et ne disposent pas des mêmes moyens pour agir. Certains acceptent, d’autres résistent, hésitent ou cherchent longtemps comment reprendre une place dans leur propre histoire.

Les questions traversent leur existence, mais ce sont leurs choix, leurs relations et leurs émotions qui doivent porter le récit.

À quels lecteurs conseilleriez-vous 172 trimestres ?

À celles et ceux qui aiment les romans contemporains profondément ancrés dans le réel et les histoires qui partent d’un destin individuel pour interroger des enjeux plus collectifs.

Le livre pourra particulièrement toucher les lecteurs sensibles aux questions de transmission, de maternité, de protection de l’enfance, de travail et de liberté.

Mais il s’adresse aussi, plus largement, à toutes les personnes qui se sont déjà demandé si elles avaient véritablement choisi leur chemin ou si certaines décisions avaient été prises à leur place.

Un roman peut-il réellement contribuer à faire évoluer notre regard ?

Un roman ne transforme probablement pas le monde à lui seul. Il peut néanmoins déplacer légèrement notre point de vue.

Il peut nous conduire à entrer dans une situation que nous pensions connaître, mais que nous n’avions jamais observée depuis la place de celui ou celle qui la subit.

Ce déplacement est déjà précieux. Comprendre ne signifie pas nécessairement tout excuser ni disposer immédiatement d’une solution. Cela permet cependant de regarder l’autre avec davantage de nuance et de ne plus considérer certaines conséquences comme secondaires.

Qu’aimeriez-vous que le lecteur se demande après avoir refermé le livre ?

J’aimerais qu’il se demande où sont placés les poids et qui a le pouvoir de les poser.

Dans chaque décision, certains éléments sont considérés comme prioritaires tandis que d’autres sont relégués au second plan. La question est de savoir quelle place nous accordons aux besoins, à la parole et à la liberté des personnes concernées.

Et peut-être qu’après avoir refermé le roman, le lecteur conservera cette interrogation : « Et si l’on faisait autrement ? »

Et maintenant ?

Quelle place 172 trimestres occupe-t-il dans votre parcours d’autrice ?

Ce roman rassemble plusieurs thèmes qui traversent mon écriture : la transmission, l’autodétermination, la liberté et la manière dont un individu peut reprendre du pouvoir sur sa propre existence.

Il prolonge également les interrogations liées à mon parcours professionnel et à ce que j’ai pu observer des rapports entre les personnes et les institutions.

À travers Isabelle, Emma, Louise et les autres personnages, j’ai voulu explorer ce qui se transmet d’une génération à l’autre, mais aussi ce qui peut être interrompu, transformé ou réparé.

Le passage de la nouvelle au roman a-t-il changé votre regard sur cette histoire ?

Oui, car la nouvelle était centrée sur une situation et un personnage, tandis que le roman m’a permis d’élargir progressivement le regard.

En développant l’histoire, j’ai découvert tout ce qui reliait les personnages entre eux. Une décision prise à un moment donné peut continuer à produire des effets plusieurs années plus tard et influencer une personne qui n’en connaît pas toujours l’origine.

Le roman m’a donné l’espace nécessaire pour explorer cette circulation entre les générations et montrer que les histoires individuelles s’inscrivent toujours dans quelque chose de plus vaste.

Si vous deviez résumer le cœur du roman en une seule question, laquelle choisiriez-vous ?

Je choisirais probablement celle qui m’accompagne tout au long de l’écriture : « Et si l’on faisait autrement ? »

Cette question contient toutes les autres. Elle interroge les règles, les habitudes, la transmission et notre responsabilité dans ce que nous choisissons de reproduire.

Elle ne promet pas qu’il existe toujours une solution facile. Elle rappelle simplement qu’une manière de faire n’est pas forcément la seule possible.

Pour terminer, qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs qui s’apprêtent à découvrir 172 trimestres ?

Je les inviterais à rencontrer Isabelle, Emma, Louise et toutes les femmes qui traversent cette histoire sans chercher immédiatement à décider ce qu’elles auraient dû faire.

Chacune avance avec son époque, ses blessures, ses responsabilités et les moyens dont elle dispose. Certaines décisions peuvent sembler incompréhensibles lorsque l’on en ignore le poids ou les conséquences.

J’espère que les lecteurs entreront dans le roman avec curiosité et qu’ils accepteront de déplacer, le temps de cette histoire, leur regard sur le travail, la maternité, la protection et la liberté.

Peut-être y trouveront-ils une situation qui leur est familière, un personnage qui leur ressemble ou une question qu’ils continueront à porter après avoir refermé le livre.

172 trimestres de Florence Goulven est disponible en précommande aux Éditions Orialis.

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