Stéphanie Balavoine

Autrice de romans à tension psychologique, Stéphanie Balavoine s’intéresse à la complexité de l’être humain, à ses contradictions et aux mécanismes parfois imperceptibles qui peuvent conduire une existence ordinaire à basculer.

Passionnée par les faits divers et les documentaires qui leur sont consacrés, elle ne cherche pas seulement à comprendre ce qui s’est produit. Elle s’interroge surtout sur ce qui se joue dans l’esprit de celles et ceux qui franchissent un jour une limite que rien ne semblait annoncer.

Avec Mémoires d’un homme sans histoires, à paraître aux Éditions Orialis, elle se glisse dans la conscience d’Antoine, un homme apparemment ordinaire qui vit depuis vingt ans sous une fausse identité dans le Donegal, au nord de l’Irlande. À soixante-huit ans, il décide de raconter son passé et de revenir sur les événements qui l’ont conduit à disparaître.

Des Vosges aux paysages sauvages du Donegal, le roman explore la dualité humaine, le poids du passé et cette frontière fragile entre l’homme que l’on montre au monde et celui que l’on dissimule.

Dans cette interview, Stéphanie Balavoine nous parle de son goût pour les histoires sombres, des musiques mélancoliques qui accompagnent son écriture, des premiers textes retrouvés par sa mère sur une vieille machine à écrire et de cet après-midi pluvieux durant lequel Antoine a commencé à lui confier ses mémoires.

Écrire pour s’évader dans l’ombre

Comment vous présenteriez-vous aux lecteurs qui vous découvrent aujourd’hui ?

Je suis une autrice fascinée par la psychologie humaine, les contradictions et tout ce qui peut se cacher derrière une apparence parfaitement ordinaire.

J’aime les histoires sombres, les personnages ambigus et les situations qui obligent à regarder au-delà d’une première impression. Rien n’est jamais complètement blanc ou noir, et c’est précisément cette complexité qui m’intéresse.

L’écriture occupe également une place importante dans ma vie professionnelle. J’aime rédiger, reformuler des textes pour les rendre plus fluides et accompagner des auteurs et des autrices dans leur propre parcours d’écriture.

Les mots m’accompagnent donc sous différentes formes, mais le roman reste l’espace dans lequel je peux laisser mon imaginaire et mes personnages prendre toute la place.

Pourquoi écrivez-vous ?

Tout simplement parce que j’aime ça !

Lorsque j’écris, je m’évade et j’entre dans ma bulle. Le quotidien s’efface progressivement et je peux rester longtemps avec mes personnages, leurs pensées et l’univers que je suis en train de construire.

L’écriture me relaxe énormément, même si cela peut sembler paradoxal puisque les histoires que j’imagine sont souvent particulièrement sombres.

C’est probablement aussi ce contraste qui me plaît : je trouve une forme d’apaisement personnel en explorant des situations qui, elles, sont loin de l’être.

Comment expliquez-vous ce paradoxe entre le plaisir d’écrire et la noirceur de vos histoires ?

La noirceur littéraire ne produit pas nécessairement une sensation sombre au moment de l’écriture.

Elle me permet plutôt d’explorer des émotions, des comportements ou des situations qui me fascinent, tout en conservant la distance offerte par la fiction.

Lorsque je travaille sur une scène difficile, je cherche à comprendre les personnages, leurs contradictions et les raisons qui les ont conduits jusque-là. Cette recherche m’absorbe complètement.

Même si l’univers est sombre, le fait de construire une intrigue, de trouver les mots justes et de donner progressivement vie aux personnages reste profondément agréable.

Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans la psychologie humaine ?

Je trouve fascinant de constater qu’un même individu peut être capable du meilleur comme du pire.

Nous aimons parfois imaginer une frontière très nette entre les personnes ordinaires et celles qui commettent des actes terribles. Pourtant, la réalité est souvent beaucoup plus complexe.

Je m’intéresse à ce qui fragilise cette frontière : une succession de décisions, une blessure, une obsession, une colère ou un événement qui modifie progressivement la perception d’un personnage.

La fiction permet d’entrer dans cette complexité sans chercher à excuser les actes commis. Elle offre surtout la possibilité d’observer comment un être humain construit son propre récit et tente parfois de vivre avec ce qu’il est devenu.

La couverture de Mémoires d’un homme sans histoires sera dévoilée prochainement

Des Vosges au Donegal : deux territoires pour une double vie

Pourquoi avoir choisi les Vosges et le Donegal comme décors du roman ?

Ce sont deux régions magnifiques que je connais très bien et qui possèdent chacune une atmosphère très forte.

Les Vosges sont liées aux origines d’Antoine, à son enfance et à la construction de l’homme qu’il va devenir. Le Donegal appartient davantage à son présent, à la vie qu’il a tenté de reconstruire loin de tout ce qu’il avait connu.

Ces deux territoires permettent donc d’accompagner les différentes périodes de son existence. Ils ne représentent pas seulement deux lieux géographiques, mais deux vies, deux identités et deux versions d’un même homme.

Que représentent les Vosges dans le parcours d’Antoine ?

Les Vosges sont le territoire de ses racines et de ses premiers souvenirs.

C’est là que se trouvent son enfance, sa famille et les événements qui ont progressivement façonné sa personnalité. Lorsque Antoine revient sur cette période dans ses mémoires, il ne raconte pas seulement des lieux : il retrouve l’homme qu’il était avant que son existence ne prenne une autre direction.

Les paysages vosgiens portent donc une part importante de sa mémoire. Ils représentent ce dont il vient, mais aussi ce qu’il a voulu fuir ou laisser derrière lui.

Pourquoi le Donegal s’est-il imposé comme le lieu de sa disparition ?

Je suis allée en vacances dans le Donegal, cette région sauvage située au nord de l’Irlande, et je me souviens avoir pensé que c’était l’endroit idéal pour se faire oublier.

Ses paysages, son isolement et son atmosphère particulière correspondaient parfaitement à l’existence qu’Antoine cherchait à mener.

Il lui fallait un territoire suffisamment éloigné de son ancienne vie, un lieu dans lequel il pourrait devenir quelqu’un d’autre et laisser croire que son passé avait définitivement cessé de le poursuivre.

En associant cette idée à celle d’écrire les mémoires d’Antoine, le fil conducteur du roman était né.

Les paysages participent-ils directement à l’atmosphère du récit ?

Oui. Ils ne constituent pas simplement un arrière-plan.

La pluie, le ciel gris, le vent, le silence et l’isolement influencent la manière dont les personnages vivent et perçoivent ce qui les entoure.

Le Donegal accompagne parfaitement la dimension introspective du roman. Antoine vit dans un territoire sauvage et magnifique, mais également marqué par une forme d’éloignement qui correspond à sa propre situation.

Les paysages peuvent parfois exprimer ce que les personnages ne parviennent pas encore à formuler. Une route isolée, une maison sous la pluie ou un horizon brumeux peuvent porter une émotion avant même qu’elle soit nommée.

Était-il important pour vous de choisir des régions que vous connaissiez personnellement ?

Oui, parce que cette connaissance me permettait d’écrire à partir de sensations et de souvenirs réels.

Je pouvais retrouver une lumière, une ambiance, la manière dont le temps change ou l’impression laissée par certains paysages.

Connaître les lieux m’a également aidée à visualiser plus facilement les déplacements des personnages et à donner davantage de précision aux scènes.

Je voulais que les lecteurs puissent voyager vers ces deux régions à travers les yeux d’Antoine et d’Adeline, mais aussi ressentir ce que ces paysages provoquent intérieurement chez eux.

Écrire entre le travail, la vie de famille et les jours de pluie

Avez-vous un rituel ou un lieu privilégié pour écrire ?

Je n’ai ni habitude particulière ni véritable rituel. J’écris lorsque je le peux, c’est-à-dire entre le travail et la vie de famille.

Je n’attends pas nécessairement que toutes les conditions soient réunies, car ce moment idéal arriverait probablement très rarement.

Lorsque je dispose enfin de temps et que l’histoire est présente, j’essaie simplement d’entrer dans ma bulle et de profiter de cet espace aussi longtemps que possible.

Cette souplesse est devenue ma manière de travailler. Elle me permet de continuer à écrire même lorsque le quotidien ne laisse que peu de place à la création.

Votre écriture avance-t-elle de manière régulière ?

Pas du tout. Comme beaucoup d’auteurs et d’autrices, je peux écrire pendant des jours et des jours, puis ne plus rien produire durant plusieurs mois.

Certaines périodes sont très intenses. L’histoire occupe alors une grande partie de mes pensées et j’ai envie de retrouver les personnages dès que j’en ai la possibilité.

À d’autres moments, le travail, la vie familiale ou simplement le besoin de prendre du recul m’éloignent du manuscrit.

J’ai appris à accepter ce rythme irrégulier. Une période sans écriture ne signifie pas nécessairement que l’histoire est abandonnée. Elle continue parfois à évoluer silencieusement avant que je puisse y revenir.

Avez-vous réellement écrit certaines parties du roman en Irlande ?

Oui. J’ai beaucoup écrit en Irlande, où vit une partie de ma belle-famille.

L’atmosphère locale m’inspirait énormément et me permettait d’entrer immédiatement dans l’univers du roman. Écrire dans les paysages mêmes qui entourent Antoine apportait une dimension très particulière au travail.

Je pouvais observer la lumière, le ciel, la pluie et la manière dont les couleurs se transforment au fil de la journée.

Ces sensations ont naturellement rejoint le texte et m’ont aidée à rendre le Donegal plus vivant.

La pluie et le ciel gris favorisent-ils votre imagination ?

Oui, j’aime beaucoup ces ambiances.

Le temps gris, la pluie et les paysages enveloppés de brume correspondaient parfaitement à l’histoire d’Antoine et à la tonalité introspective du roman.

Ces conditions créent également une forme de calme. Elles donnent envie de rester à l’intérieur, de s’isoler et de se consacrer entièrement à l’écriture.

Un grand soleil aurait probablement produit une énergie très différente. Pour accompagner les souvenirs et les secrets d’Antoine, les nuages irlandais se sont révélés beaucoup plus coopératifs.

La musique joue-t-elle un rôle pendant l’écriture ?

Oui. J’adore écrire en écoutant des musiques mélancoliques, notamment celles de Ludovico Einaudi ou de Max Richter.

La musique m’aide à entrer dans l’émotion d’une scène et à conserver une atmosphère particulière pendant que j’écris.

Je privilégie les morceaux qui peuvent accompagner le texte sans détourner mon attention. Ils créent une présence, un rythme et une couleur émotionnelle sans imposer de mots supplémentaires.

Certaines scènes restent ainsi liées, dans mon esprit, à la musique que j’écoutais au moment de leur écriture. Il suffit parfois de réentendre quelques notes pour retrouver immédiatement les personnages et l’état émotionnel dans lequel ils se trouvaient.

D’une vieille machine à écrire au premier roman

Quelle a été votre première expérience avec l’écriture ?

J’écris depuis toute petite.

Ma mère a d’ailleurs retrouvé de courtes histoires que j’avais tapées sur une vieille machine à écrire. Je ne me souvenais pas nécessairement de tous ces textes, mais leur découverte a confirmé que cette envie de raconter était présente depuis très longtemps.

À l’époque, il fallait accepter les touches parfois récalcitrantes, le bruit de la machine et l’impossibilité de supprimer une phrase en quelques secondes.

Ces histoires d’enfance n’étaient certainement pas destinées à être publiées, mais elles montrent que j’avais déjà besoin d’inventer des personnages et de leur construire une existence.

Que ressentez-vous aujourd’hui en relisant ces premiers textes ?

Ils me touchent parce qu’ils constituent les premières traces concrètes de mon envie d’écrire.

Le regard que je porte sur eux n’est évidemment pas celui que j’aurais sur un texte actuel. Je ne cherche pas à juger leur style ni leur construction.

Ils me rappellent surtout que l’écriture m’a accompagnée à différentes périodes de ma vie, même lorsque je n’avais pas encore envisagé d’en faire une véritable activité professionnelle.

Il est émouvant de découvrir que l’enfant installée devant cette machine à écrire poursuivait déjà, sans le savoir, un désir qui allait rester présent pendant toutes les années suivantes.

Les mots occupent-ils également une place dans votre vie professionnelle ?

Oui, et je ne me suis jamais sentie aussi épanouie que depuis que j’en ai fait mon métier.

J’aime écrire sous des formes très différentes. Je peux prendre autant de plaisir à rédiger un compte rendu administratif qu’à reformuler un passage pour le rendre plus fluide.

J’aime aussi accompagner des auteurs et des autrices dans leur parcours d’écriture, les aider à clarifier une intention ou à trouver une formulation qui corresponde réellement à ce qu’ils souhaitent transmettre.

Le roman me permet de créer librement, tandis que l’écriture professionnelle demande de mettre les mots au service d’un objectif ou du texte de quelqu’un d’autre. Ces deux pratiques sont différentes, mais elles reposent sur le même plaisir de chercher la formulation juste.

Aviez-vous toujours eu le projet d’écrire un roman ?

Oui. Je sais que ce désir a toujours été présent, même si je serais incapable d’expliquer pourquoi j’ai finalement décidé de me lancer précisément à ce moment-là.

Pendant longtemps, l’idée d’écrire un roman existait quelque part en moi sans devenir un projet concret. Il fallait probablement que plusieurs éléments se rejoignent : une disponibilité, une question, un personnage et l’envie de découvrir jusqu’où cette histoire pourrait me conduire.

Puis, il y a trois ans, quelque chose s’est mis en mouvement.

Je n’avais pas nécessairement de plan complet ni la certitude d’aller jusqu’au bout. J’ai simplement commencé à écrire.

Vous souvenez-vous du moment où Mémoires d’un homme sans histoires a véritablement commencé ?

Oui. Je me souviens d’un après-midi pluvieux durant lequel je me suis installée devant mon ordinateur et j’ai écrit le prologue.

Je ne savais pas encore nécessairement quelle place ce texte allait prendre dans ma vie ni jusqu’où Antoine allait m’entraîner.

Mais sa voix était là. À partir de ce premier passage, l’idée d’un homme écrivant ses mémoires a commencé à devenir une véritable histoire.

Il est assez logique, finalement, que ce roman soit né un jour de pluie. Dès ses premières lignes, il semblait déjà appeler les ciels gris, les souvenirs et l’atmosphère du Donegal.

Du manuscrit à la publication

Qu’avez-vous fait après avoir terminé Mémoires d’un homme sans histoires ?

J’ai suivi le parcours classique : j’ai envoyé mon manuscrit à différentes maisons d’édition, puis j’ai attendu leurs réponses.

Cette période est particulière parce que le texte, qui occupait jusque-là une grande partie de notre quotidien, se retrouve soudain entre les mains de personnes que l’on ne connaît pas.

Il faut accepter de ne plus avoir de prise sur le calendrier et de ne pas savoir si le manuscrit sera lu immédiatement, dans plusieurs semaines ou beaucoup plus tard.

L’attente peut sembler longue, mais elle fait partie du parcours. Elle oblige aussi à prendre de la distance avec l’histoire que l’on vient de terminer.

Avez-vous commencé un autre projet pendant cette attente ?

Oui. Dans la foulée, j’ai écrit une romance.

C’était probablement une manière de compenser l’univers très sombre de mon premier roman. Après avoir passé autant de temps dans l’esprit d’Antoine et dans une atmosphère marquée par les secrets, j’avais peut-être besoin d’explorer quelque chose de différent.

Cette histoire m’a permis de découvrir une autre facette de mon écriture et de travailler avec des émotions et des dynamiques différentes.

Je suis encore incertaine sur l’avenir à donner à cette romance. Elle existe, elle est terminée, mais je ne sais pas encore quel chemin elle doit emprunter.

Ce changement de registre vous a-t-il donné envie de quitter définitivement les histoires sombres ?

Pas vraiment !

Après cette romance, j’ai commencé un troisième roman et il s’agit de nouveau d’une histoire sombre.

Je crois donc que les ambiances inquiétantes, les secrets et les personnages psychologiquement complexes continuent naturellement à me rappeler.

Cela ne signifie pas que je souhaite écrire toujours le même livre. Chaque histoire possède son propre univers et soulève de nouvelles questions.

Mais il semble évident que la part d’ombre de l’être humain reste un territoire littéraire dans lequel j’ai encore beaucoup de choses à explorer.

Comment l’aventure avec les Éditions Orialis a-t-elle commencé ?

Un jour, j’ai reçu un appel des Éditions Orialis.

Ce coup de téléphone venait soudain donner une réalité à tout le travail accompli depuis cet après-midi pluvieux durant lequel j’avais écrit le prologue.

Le manuscrit n’était plus seulement un fichier envoyé et en attente d’une réponse. Une maison d’édition souhaitait l’accompagner, le travailler et le conduire jusqu’aux lecteurs.

C’est ainsi que l’aventure éditoriale de Mémoires d’un homme sans histoires a véritablement commencé.

Que représente pour vous la publication de ce premier roman ?

Elle représente l’aboutissement d’un désir présent depuis très longtemps.

Entre les premières histoires tapées sur une machine à écrire et la publication de ce roman, de nombreuses années se sont écoulées. L’écriture est restée là, parfois très présente, parfois plus discrète, mais elle ne m’a jamais véritablement quittée.

Voir aujourd’hui l’histoire d’Antoine devenir un livre est à la fois émouvant et assez vertigineux. Des personnages qui n’existaient jusque-là que dans mon imagination vont entrer dans celle des lecteurs.

Cette publication marque aussi le début d’une nouvelle étape. Mémoires d’un homme sans histoires est mon premier roman publié, mais certainement pas la dernière histoire que j’ai envie de raconter.

Le lecteur face à Antoine

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de votre roman ?

J’aimerais qu’ils retiennent que rien n’est jamais complètement blanc ou noir.

L’être humain est complexe et capable du pire comme du meilleur. Une personne ne se résume pas toujours à l’image qu’elle présente, pas plus qu’elle ne peut être entièrement comprise à travers une seule décision.

Cette complexité ne signifie pas qu’il faille excuser tous les comportements. Elle invite simplement à regarder les personnages dans leur globalité, avec leur histoire, leurs contradictions, leurs blessures et les choix qu’ils ont accomplis.

J’espère que le roman conduira les lecteurs à s’interroger sur cette dualité et sur la frontière parfois fragile entre les différentes facettes d’un même être humain.

Quels sentiments éprouviez-vous pour Antoine pendant l’écriture ?

J’ai ressenti pour lui des émotions fortes et parfois contradictoires.

Le fait d’écrire à travers sa voix créait nécessairement une grande proximité. Je passais beaucoup de temps dans ses pensées, ses souvenirs et ses raisonnements.

À certains moments, je pouvais comprendre une émotion ou une réaction. À d’autres, ce qu’il révélait créait une distance beaucoup plus grande.

Je n’ai pas cherché à simplifier cette relation ni à décider une fois pour toutes ce que je devais ressentir pour lui. Ses contradictions faisaient partie de l’expérience d’écriture.

J’aimerais que les lecteurs puissent éprouver, presque malgré eux, cette même tension.

Souhaitez-vous que les lecteurs s’attachent à Antoine ?

Je ne cherche pas à leur imposer un sentiment précis.

Certains lecteurs pourront éprouver de l’empathie pour certaines périodes de sa vie, puis se sentir profondément dérangés par d’autres aspects de son parcours. D’autres conserveront peut-être une distance beaucoup plus importante.

Ce qui m’intéresse, c’est que leur perception puisse évoluer au fil de ses révélations.

Antoine raconte lui-même son histoire. Le lecteur doit donc écouter sa voix, mais aussi observer ses silences, ses justifications et la manière dont il choisit de présenter les événements.

Chacun pourra ensuite construire son propre regard sur cet homme et sur les mémoires qu’il a décidé de laisser.

Quelle place les autres personnages occupent-ils dans le roman ?

Ils sont essentiels, car Antoine ne peut pas être compris uniquement à travers le regard qu’il porte sur lui-même.

Les autres personnages possèdent leur propre histoire, leur sensibilité et leur manière de percevoir les événements. Ils ne sont pas seulement présents pour accompagner son parcours.

Je me suis attachée à eux au fil de l’écriture et j’espère que les lecteurs éprouveront la même chose.

Adeline occupe notamment une place importante dans le voyage proposé par le roman. À travers elle et Antoine, les lecteurs découvrent les Vosges, le Donegal, mais aussi différentes manières de regarder le passé et de vivre avec ce qu’il a laissé.

Au-delà de l’intrigue, souhaitez-vous également faire voyager les lecteurs ?

Oui. Les Vosges et le Donegal occupent une place importante dans le roman et j’aimerais que les lecteurs puissent ressentir la beauté de ces deux régions.

Les paysages accompagnent les personnages, leurs souvenirs et leurs états intérieurs. Ils participent pleinement à l’atmosphère de l’histoire.

J’espère que le lecteur pourra imaginer les routes, la pluie, les ciels changeants et les étendues sauvages du Donegal, mais aussi les paysages vosgiens liés au passé d’Antoine.

Le voyage est donc à la fois géographique et intérieur.

Et maintenant ?

Pour terminer, qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs qui s’apprêtent à découvrir Mémoires d’un homme sans histoires ?

Je les inviterais à entrer dans les mémoires d’Antoine sans chercher immédiatement à décider quel homme il est.

Son récit se construit progressivement, à travers ce qu’il accepte de révéler et la manière dont il regarde aujourd’hui son propre passé.

J’espère que cette histoire leur fera éprouver des émotions fortes, parfois inconfortables ou contradictoires, et qu’elle les conduira à s’interroger sur la complexité de l’être humain.

J’espère également qu’ils s’attacheront à Adeline et aux autres personnages autant que je me suis attachée à eux pendant l’écriture.

Enfin, j’aimerais qu’ils voyagent vers les Vosges et le Donegal à travers leurs regards, et qu’une partie de ces paysages continue à les accompagner après la dernière page.

Mémoires d’un homme sans histoires de Stéphanie Balavoine paraîtra le 8 octobre 2026 aux Éditions Orialis.

Ouverture des précommandes le 17 septembre 2026.

Suivant
Suivant

Florence Goulven