Mairon H’el

« Je souhaite autant divertir que faire réfléchir. »

Mairon H’el écrit pour raconter des histoires et explorer des mondes auxquels il ne pourrait accéder autrement. Une époque, un lieu, une croyance ou un événement réel suffit parfois à éveiller sa curiosité : il cherche alors ce qui pourrait se cacher derrière les récits que l’Histoire nous a transmis.

Son nouveau roman entraîne le lecteur dans la Babylone antique. L’auteur a voulu regarder au-delà de la cité mythique pour imaginer une ville habitée : ses quartiers, ses marchés, ses temples, son administration et les rapports de pouvoir qui traversent la vie de ses habitants. Dans cet univers, l’enquête policière devient aussi une façon de découvrir une société et ses croyances.

Le règne d’Hammurabi et la période qui suit sa mort forment le point de départ historique du récit. Mairon H’el s’intéresse à ce moment de bascule où la puissance de Babylone, après son ascension, entre dans une phase plus incertaine. Alliances, rivalités et intérêts politiques nourrissent alors le mystère autant que les événements eux-mêmes.

Pour donner vie à cette époque, l’auteur mène un important travail de recherche. Il vérifie les lieux, les pratiques et les mots, puis revient sur ses scènes jusqu’à trouver le détail ou le rythme juste. Son objectif reste de permettre aux personnages d’exister pleinement au sein de ce monde documenté.

Avant de se consacrer à l’écriture romanesque, Mairon H’el a travaillé dans la communication, où la rédaction occupait déjà une place importante. Avec son premier livre, Statera – Tome 1 : Titan, il a découvert le travail de longue haleine nécessaire pour construire un univers, faire évoluer des personnages et mener un récit jusqu’à son terme.

Dans cette interview, il revient sur son goût pour les civilisations anciennes, la naissance de son enquête à Babylone et sa manière de faire dialoguer recherche historique et fiction. Avec une ambition : offrir au lecteur le plaisir d’une intrigue tout en l’invitant à regarder le passé autrement.

Raconter pour explorer d’autres mondes

Pourquoi écrivez-vous ?

J’ai toujours eu besoin de raconter des histoires. L’écriture me permet d’explorer des mondes, des époques et des personnages auxquels je ne pourrais pas accéder autrement.

J’aime partir d’un élément réel : une période historique, une croyance, un lieu ou un événement. Je me demande ensuite ce qui pourrait se cacher derrière ce que l’Histoire nous a transmis. À partir de ces traces, la fiction ouvre des possibilités et me permet d’imaginer la vie de ceux dont nous ne connaissons parfois que quelques fragments.

Que souhaitez-vous faire vivre au lecteur ?

J’aimerais qu’il ait le sentiment d’entrer dans un univers. Qu’il puisse presque en sentir les odeurs, en entendre les bruits et comprendre les croyances de ceux qui l’habitent.

J’aime aussi croiser les genres. Une intrigue peut donner envie de tourner les pages tout en éveillant la curiosité pour une époque ou une société. Si le lecteur prend plaisir à suivre l’histoire et souhaite ensuite aller au-delà de ce qu’elle raconte, alors j’ai atteint ce que je cherchais.

Babylone, une ville à découvrir par l’enquête

Comment l’idée de ce roman vous est-elle venue ?

Elle est née de mon intérêt pour les civilisations anciennes, et plus particulièrement pour la Mésopotamie.

Je voulais raconter Babylone autrement que comme une cité mythique ou le décor de grands événements historiques. Ce qui m’intéressait, c’était la ville elle-même : ses habitants, ses quartiers, ses temples, ses marchés, son administration et les rapports de pouvoir qui pouvaient s’y nouer.

Pourquoi avoir choisi une intrigue policière ?

L’enquête m’offrait une manière naturelle de parcourir la ville. En cherchant à comprendre ce qui s’est passé, le lecteur rencontre ceux qui y vivent et découvre progressivement leur société, leurs intérêts et leurs croyances.

Je voulais que le mystère à résoudre et la découverte de Babylone avancent ensemble. Les personnages ne traversent pas simplement un décor historique : leur façon de penser et d’agir fait partie de l’intrigue.

Vous souhaitiez aussi questionner notre regard sur l’Histoire…

Oui. Les récits historiques nous parviennent à travers des fragments, des témoignages et des interprétations successives. Si l’on oublie le contexte dans lequel les événements se sont produits, certains choix peuvent nous sembler incompréhensibles ou absurdes.

La fiction me permet de jouer avec cette distance. Elle invite à dépasser ce que l’on croit savoir et à se demander comment les hommes et les femmes de cette époque percevaient eux-mêmes leur monde.

Après Hammurabi, un équilibre fragile

Quel événement historique a été le point de départ de votre histoire ?

Je me suis intéressé à la montée en puissance de la Babylonie, et plus particulièrement au règne d’Hammurabi. C’est le moment où Babylone cesse progressivement d’être une puissance parmi d’autres pour occuper une place centrale en Mésopotamie.

Mais la période qui suit sa mort m’attirait peut-être davantage encore. L’équilibre qu’il avait construit commence à se fragiliser, les rapports de force évoluent et la puissance de Babylone ne peut plus être tenue pour acquise. J’avais envie de raconter ce passage d’une ascension spectaculaire à une situation politique beaucoup plus incertaine.

Qu’apporte cette période de bascule à l’intrigue policière ?

Elle place les personnages dans un monde où chacun doit s’adapter. Derrière les décisions d’un royaume, il y a des alliances, des rivalités et des intérêts parfois difficiles à démêler.

Ce contexte donne une autre dimension à l’enquête. Pour comprendre les événements, il ne suffit pas de chercher des indices : il faut aussi saisir ce que chacun peut gagner, perdre ou chercher à protéger dans une société en pleine transformation.

Trouver la juste place de l’Histoire

Quelle a été la principale difficulté pendant l’écriture ?

Trouver l’équilibre entre la documentation historique et le récit.

Je fais beaucoup de recherches, car j’ai besoin de comprendre le monde dans lequel mes personnages évoluent. Mais, une fois ce travail accompli, il faut que l’histoire puisse avancer librement. Le lecteur doit pouvoir entrer dans Babylone et suivre l’enquête sans avoir le sentiment qu’on interrompt le récit pour lui exposer mes recherches.

L’histoire a-t-elle évolué au fil de l’écriture ?

Oui. Certains personnages ont pris une direction différente de celle que j’avais imaginée. On commence avec une idée assez précise, puis leurs réactions et leurs choix imposent progressivement une autre logique. C’est l’un des aspects de l’écriture que je trouve les plus intéressants.

Il faut ensuite veiller à la cohérence de l’ensemble. Sur plusieurs centaines de pages, lorsque différentes intrigues et temporalités narratives doivent finir par se rejoindre, chaque évolution a des conséquences. Je reviens donc régulièrement sur le texte pour m’assurer que ces chemins distincts conduisent bien à la même histoire.

Écrire par immersion et par reprises

Avez-vous un rituel ou un lieu privilégié pour écrire ?

Je n’ai pas de rituel immuable. J’écris surtout lorsque je peux consacrer assez de temps au texte pour m’y immerger pleinement. J’ai besoin de retrouver l’univers du roman et d’accompagner mes personnages, plutôt que de simplement avancer de quelques pages.

Cette immersion est particulièrement importante pour les scènes historiques. Avant d’en écrire une, je peux passer beaucoup de temps à vérifier un lieu, une pratique, un détail ou un terme. Ce travail préparatoire m’aide ensuite à écrire la scène avec plus de liberté.

Revenez-vous souvent sur ce que vous avez écrit ?

Oui, je travaille beaucoup par reprises successives.

Je peux relire et retravailler plusieurs fois une scène qui fonctionne déjà. Parfois, c’est un mot qui manque de précision ; parfois, le rythme ne correspond pas encore à ce que je souhaite faire ressentir. Un détail peut aussi suffire à rendre un lieu plus présent ou une réaction plus juste.

Ces reprises font partie intégrante de mon écriture. Elles me permettent de rapprocher progressivement la scène que j’ai écrite de celle que j’avais envie de faire vivre au lecteur.

De la communication au premier roman

Quelle a été votre première expérience avec l’écriture ?

L’écriture occupait déjà une place importante dans mon parcours professionnel. J’ai notamment travaillé dans la communication, où il fallait rédiger, adapter les contenus et trouver la bonne manière de transmettre un message.

Ma première véritable expérience de l’écriture romanesque a été Statera – Tome 1 : Titan. Avec ce livre, je suis passé de l’envie d’écrire à la construction d’une histoire complète et, finalement, à sa publication.

Qu’avez-vous découvert en écrivant ce premier roman ?

J’ai découvert ce que demande la création d’un univers sur la longueur : faire évoluer des personnages, développer une intrigue et conserver la cohérence du récit d’un bout à l’autre du livre.

J’ai aussi compris que le travail ne s’arrêtait pas au dernier mot posé sur la page. Il faut reprendre le texte, laisser mûrir certaines idées et accepter qu’un regard extérieur vienne questionner ce que l’on a écrit.

Titan a été le point de départ de mon parcours d’auteur. Les projets suivants m’ont permis d’aller plus loin dans la recherche documentaire, la construction des univers et la complexité des intrigues. Je retrouve néanmoins un fil entre mes deux parcours : dans la communication comme dans le roman, les mots servent à transmettre quelque chose à ceux qui les lisent.

Le plaisir de l’enquête, l’envie de comprendre

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de votre roman ?

J’aimerais d’abord qu’ils retiennent une histoire et les personnages qui la font vivre. Qu’ils prennent plaisir à suivre l’enquête, qu’ils s’attachent à ceux qu’ils rencontrent et qu’ils aient envie de découvrir ce qui se cache derrière les événements.

Le roman se situe à la croisée des genres. Le mystère donne une direction au récit, tandis que le cadre historique invite à observer les croyances, les intérêts et les rapports de pouvoir des personnages. J’espère que les lecteurs auront autant envie de résoudre l’énigme que de comprendre le monde dans lequel elle prend forme.

Souhaitez-vous aussi les amener à regarder l’Histoire autrement ?

Oui. Je souhaite autant divertir que faire réfléchir, et je crois que ces deux plaisirs peuvent avancer ensemble.

Une enquête, des personnages forts et des événements qui donnent envie de tourner les pages peuvent éveiller des questions sur le passé. Pourquoi interprétons-nous certains faits d’une manière plutôt que d’une autre ? Que comprenons-nous vraiment des choix de ceux qui ont vécu à une autre époque ?

Si le lecteur referme le livre après avoir aimé l’histoire, tout en portant un regard un peu plus curieux sur l’Histoire, j’en serai heureux.

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