William Squive

« La procédure pénale est devenue le nœud de l’histoire. »

Pendant trente-cinq ans, William Squive a travaillé au cœur des affaires pénales du tribunal judiciaire de Montpellier. Auditions, perquisitions, confrontations, reconstitutions et autopsies ont rythmé une carrière marquée par des dossiers parfois violents, souvent complexes et toujours profondément humains.

À la fin de sa vie professionnelle, en 2020, il ressent le besoin de transmettre cette expérience. Son premier ouvrage prolonge cette parole libératrice : il y raconte les affaires et les anecdotes qui l’ont particulièrement touché, tout en expliquant le rôle du greffier, son domaine d’intervention et sa place essentielle dans le fonctionnement de la justice.

Ce sont ensuite ses lecteurs, rencontrés lors de salons et de séances de dédicace, qui lui soufflent une nouvelle idée : avec une matière aussi riche, pourquoi ne pas écrire un roman policier ? La suggestion fait son chemin. En mars 2025, William Squive s’installe devant son clavier et commence la rédaction de son premier thriller judiciaire.

Nourri de ses souvenirs professionnels, mais porté par une intrigue entièrement fictive, Le Greffier plonge le lecteur dans les rouages fragiles de la procédure pénale. Policiers, magistrats, avocats et, naturellement, greffiers donnent vie à un univers que l’auteur connaît intimement. Les lieux existent, les personnages s’inspirent parfois de personnes qu’il a côtoyées, mais l’histoire demeure une œuvre de fiction.

Dans cette interview, William Squive revient sur la naissance de ce premier thriller, les dix mois passés auprès de ses personnages, le travail de relecture mené avec son entourage et les deux instants qui ont marqué cette aventure : l’écriture du mot « FIN » et la réponse favorable des Éditions Orialis.

Trente-cinq ans au cœur de la justice pénale

Avant de vous lancer dans la fiction, vous avez exercé pendant trente-cinq ans au tribunal judiciaire de Montpellier. Que retenez-vous de cette expérience ?

Pendant toutes ces années, j’ai été confronté à une grande diversité d’affaires pénales, des crimes comme des délits, plus ou moins violents, plus ou moins marquants, mais qui laissent nécessairement une trace lorsque l’on travaille quotidiennement à leur contact.

En tant que greffier, j’ai assisté à des auditions, des perquisitions, des confrontations, des reconstitutions et des autopsies. Certaines situations étaient particulièrement pénibles à supporter. Même si l’on apprend à conserver la distance indispensable à l’exercice de sa fonction, il est impossible de demeurer totalement insensible à ce que l’on voit et à ce que l’on entend.

Comment parveniez-vous à évacuer les émotions provoquées par certaines affaires ?

Les psychiatres et les psychologues que je rencontrais dans le cadre des expertises étaient unanimes : il fallait parler. Garder ces émotions pour soi aurait été beaucoup plus difficile. J’évoquais donc régulièrement certaines affaires avec ma famille ou mes amis, dans le respect, naturellement, de ce qui devait rester confidentiel.

Cette parole constituait déjà une manière de prendre du recul. L’écriture est ensuite devenue son prolongement.

C’est ainsi qu’est né votre premier ouvrage ?

Oui. À la fin de ma carrière, en 2020, j’ai décidé de retranscrire dans un essai les dossiers les plus marquants de ma vie professionnelle. J’y raconte plusieurs affaires et anecdotes qui m’ont particulièrement touché, tout en expliquant l’activité du greffier, son domaine d’intervention et sa fonction.

Ce premier ouvrage m’a permis de transmettre une partie de mon expérience, mais aussi de mettre des mots sur des événements qui m’avaient accompagné pendant de nombreuses années.

Comment êtes-vous ensuite passé du témoignage au thriller judiciaire ?

L’idée ne venait pas de moi au départ. Lors des salons et des séances de dédicace, plusieurs lecteurs m’ont fait remarquer que je possédais toute la matière nécessaire pour écrire des romans policiers.

La remarque est revenue à plusieurs reprises et a progressivement fait son chemin. J’avais les souvenirs, la connaissance du milieu judiciaire, les décors et les personnages. Il ne me restait plus qu’à imaginer une intrigue et à transformer cette matière réelle en fiction.

Quand l’expérience devient matière à fiction

À quel moment avez-vous véritablement commencé l’écriture de votre premier thriller ?

En mars 2025, je me suis installé devant mon clavier et j’ai commencé à écrire. Dès le mois de décembre, je mettais le point final au manuscrit.

La matière était effectivement foisonnante. Les idées se bousculaient et, à aucun moment, je n’ai connu l’angoisse de la page blanche. Mon expérience professionnelle m’offrait un univers que je connaissais parfaitement, mais il me fallait encore construire une histoire crédible et développer une intrigue judiciaire capable de passionner les lecteurs.

Le choix d’un greffier comme personnage principal s’est-il immédiatement imposé ?

Oui, cela coulait de source. Je souhaitais naturellement placer un greffier au centre de l’histoire, car c’est un personnage que l’on rencontre rarement comme héros d’un roman policier, alors même qu’il occupe une place essentielle dans la procédure judiciaire.

Les autres personnages se sont imposés tout aussi naturellement : policiers, magistrats et avocats. Je les ai côtoyés quotidiennement pendant toute ma carrière et ils sont devenus, à leur tour, mes compagnons d’écriture durant les dix mois consacrés au roman.

Votre intrigue est-elle directement inspirée d’une affaire que vous avez connue ?

Non, l’intrigue est totalement inventée. Elle se nourrit cependant de mes souvenirs, de mon expérience et de tout ce que j’ai pu observer au cours de ma carrière.

Les personnages sont, pour la plupart, inspirés de personnes que j’ai côtoyées dans ma vie professionnelle — certaines se sont d’ailleurs reconnues. Les lieux, eux aussi, existent réellement : je les connais et je les apprécie. Cet ancrage dans la réalité apporte une base solide à la fiction et contribue, je l’espère, à sa crédibilité.

Pourquoi avoir placé la procédure pénale au cœur du roman ?

Parce qu’elle est à la fois extrêmement rigoureuse et particulièrement fragile dans son application comme dans ses outils. Le moindre manquement, la plus petite erreur ou une formalité mal accomplie peut avoir des conséquences considérables sur une affaire.

Cette fragilité est progressivement devenue le nœud de l’histoire. Elle m’a permis de construire une intrigue judiciaire réaliste tout en révélant les mécanismes souvent méconnus de la justice pénale.

De la relecture à la publication

Une fois le manuscrit achevé, comment s’est déroulé le travail de relecture ?

La relecture et les corrections ont constitué une aventure très différente de l’écriture. J’ai d’abord sollicité ma femme, qui a consacré de nombreuses heures au manuscrit et m’a accompagné avec beaucoup d’attention dans cette étape.

J’ai également demandé l’avis de plusieurs amis magistrats, afin de vérifier la cohérence de l’intrigue et la crédibilité de son environnement judiciaire. Je tenais cependant à obtenir aussi le regard d’une personne étrangère au droit. Un ami scénariste et non-juriste a donc relu le texte pour s’assurer que l’histoire restait claire, accessible et captivante pour tous les lecteurs.

Quand avez-vous décidé que votre roman était prêt à être envoyé ?

Dès qu’il m’a semblé terminé, j’ai adressé le manuscrit à différentes maisons d’édition. Je n’ai d’abord reçu que des accusés de réception m’indiquant qu’une absence de réponse dans un délai de trois mois devait être considérée comme un refus.

Je me suis donc préparé à attendre, sans savoir si mon texte retiendrait l’attention de l’une d’entre elles.

Votre rencontre avec les Éditions Orialis s’est pourtant produite très rapidement…

Oui, et d’une manière totalement inattendue. Le hasard des algorithmes m’a proposé, sur Instagram, une publication consacrée à un roman dont la couverture a immédiatement attiré mon attention : La Robe, de Philippe Renaud.

L’illustration représentait un costume d’audience et le titre me semblait appartenir au même univers judiciaire que mon propre roman. Intrigué, je me suis intéressé aux Éditions Orialis, puis j’ai déposé mon manuscrit sur leur site. Deux jours plus tard, je recevais une réponse favorable.

Le texte a-t-il encore évolué après cette réponse ?

Oui. Après plusieurs échanges téléphoniques et électroniques, la directrice éditoriale m’a proposé de modifier le titre afin de lui donner davantage d’impact auprès des lecteurs. Elle m’a également suggéré quelques corrections que j’ai acceptées.

Le roman a ensuite été finalisé avant de paraître, sous le titre Le Greffier, le 23 avril 2026. Cette publication a donné une réalité très concrète à une histoire qui, dix mois auparavant, n’existait encore que dans mon imagination.

Mettre le greffier en pleine lumière

Quels sont les moments qui vous ont le plus marqué au cours de cette aventure ?

Deux instants restent particulièrement forts. Le premier est celui où j’ai écrit le mot « FIN ». Après dix mois passés avec cette histoire et ses personnages, voir le roman achevé a représenté une immense satisfaction.

Le second est naturellement la réception de la réponse favorable des Éditions Orialis. Après avoir envoyé mon manuscrit sans savoir s’il trouverait sa place auprès d’une maison d’édition, apprendre qu’il avait été retenu a donné une nouvelle dimension à tout le travail accompli.

Pourquoi était-il important pour vous de placer un greffier au centre de l’intrigue ?

Le rôle du greffier demeure encore largement méconnu. Dans l’inconscient collectif, il est souvent réduit à une présence muette, presque fantomatique, assise auprès du magistrat et chargée de prendre des notes.

La réalité est tout autre. Le greffier accompagne chaque étape de la procédure pénale, garantit la régularité des actes et occupe une place indispensable dans le fonctionnement de la justice. Sans lui, de nombreux actes ne pourraient tout simplement pas avoir de valeur juridique.

Je souhaitais donc montrer un professionnel pleinement engagé dans l’action, confronté aux mêmes tensions, aux mêmes urgences et aux mêmes enjeux humains que les autres acteurs d’une affaire pénale.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de Le Greffier ?

J’espère avant tout qu’ils prendront plaisir à suivre l’intrigue et qu’ils trouveront l’histoire crédible et passionnante.

Mais j’aimerais également que ce thriller judiciaire leur permette de découvrir le métier de greffier sous un autre jour. Si, après avoir refermé le livre, les lecteurs comprennent mieux son action et son importance dans la procédure pénale, alors j’aurai atteint l’un de mes principaux objectifs.

Derrière chaque dossier, chaque audition et chaque décision se trouvent des professionnels qui veillent au respect de la procédure. Le Greffier est aussi une manière de rendre visible l’un de ces métiers essentiels, trop souvent relégué dans l’ombre.

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Pascale Perret